Mercredi 5 novembre, Archi Pop, un petit disquaire et bar bordelais, organise la soirée d’écoute du dernier album de Hayley William, l’”EGO nite”.
Passionné de musique, Jérôme s’occupe de la boutique. Pendant plusieurs années, il travaille dans la captation de concerts. Mais il se lasse du métier, devenir disquaire est alors pour lui un moyen de partager des artistes qu’il apprécie vraiment. Le vendeur témoigne d’un public varié : “j’ai pas mal de clients, de tout type, mais j’ai quand même une clientèle qui est relativement jeune, j’ai l’impression qu’ils viennent plus pour les grosses pop-star”. L’évènement a ce soir là rassemblé plusieurs fans, âgés d’une vingtaine d’années.
Le vinyle, autrefois en déclin avec l’apparition du CD, vit depuis les années 2000 une véritable renaissance : à cette époque, les Daft Punk, les Whites Stripes ou encore Pharrell Williams ont alors commencé à sortir leur CD doublés de vinyles. Au vu du succès croissant, il représente aujourd’hui une part significative des revenus de l’industrie musicale.
Des artistes particulièrement populaires auprès de la Gen Z tels que Billie Eilish ou Kanye West, font la promotion de leur album au format vinyle sur les réseaux sociaux.
Les chiffres parlent d’eux même : En 2014, le Royaume–Uni repasse au dessus du million de vinyles vendus, un record jamais atteint depuis 1996. Aux Etats–Unis, les 33 tours représentent 17% des ventes d’albums en 2019.
Archi pop compte ainsi parmi les nombreux magasins de disques bordelais. Parmi ceux qui se sont déplacés ce soir-là à la boutique, on retrouve Elsa, 20 ans. Cette jeune fan de Hayley William a commencé sa collection de vinyle il y a un peu plus de 5 ans. “j’avais pas encore de tourne disque a l’époque, je trouvais juste l’objet très beau, ma maman et mon beau père en avait. ” La jeune fille a le souvenir d’avoir retrouvé plusieurs vinyles chez ses grands parents : “cet été je suis allée chez mes grands parents paternels, et ma mamie avait plusieurs vinyles qui appartenait soit à mon oncle soit à mon père, il y en avait aussi du style France Gall, Michel Delpech, des vieux artistes. mes grands-parents paternels écoutaient, avec ma grand-mère maternelle je n’en ai jamais trop parlé.”
L’objet peut être perçu comme un moyen pour se connecter avec l’héritage culturel musical des grands parents, mais pas uniquement. Dans un monde où Millenials et Gen Z passent beaucoup plus de temps sur leur appareils électroniques, ces derniers aspirent à un retour à la simplicité. Acheter des vinyles, c’est un certain budget, mais c’est aussi une manière de laisser une trace matérielle, comme le souligne notre disquaire : “les jeunes n’ont rien de tangible et physique au niveau musical, ils sont nés dans le streaming” Un avis partagé par Elsa, qui apprécie l’esthétique de l’objet : “Je trouve que le fait de posséder l’album, ça apporte quelque chose en plus que de simplement écouter la musique en ligne. C’est un bel objet, comme un livre, on a des belles photos d’artistes à l’intérieur”. Des disques et pochettes qui peuvent d’ailleurs se collectionner, avec pour certains d’entre eux des éditions limitées, ajoutant d’autant plus de valeur.
Plusieurs clients vantent son aspect chaleureux et naturel, possible grâce aux imperfections sonores. Le vinyle ne doit pas son nom au hasard : conçu en polychlorure de vinyle, il offre une restitution sonore couvrant une gamme de fréquences plus large. Une particularité qui rend la musique plus profonde et dynamique, donnant davantage de clarté à la sonorité des instruments. Elsa, sensible à cette qualité d’écoute, explique écouter ses vinyles lorsqu’ elle est chez elle, qu’elle a du temps. “y’a quelque chose de calme”, raconte-t- elle. “On peut faire autre chose en même temps, Si je compare aux playlists sur mon téléphone, ça a un côté plus apaisant d’écouter des vinyles, le fait de voir le disque qui tourne sur la platine”.
Rien à voir avec l’instantanéité du streaming : ici, il faut mettre le disque, le poser, avant d’admirer son vinyle préféré tourner sur la platine. Un rituel d’écoute que la jeune génération adopte de plus en plus, dans un monde où on oublie parfois de prendre le temps.
Étudiante en troisième année d’information et communication, j’ai toujours aimé écrire, dessiner, voyager. Je suis intéressée notamment par ce qui touche à l’art et la culture et espère pouvoir faire du journalisme mon futur métier.