Le journalisme, profession en danger

Le journalisme, profession en danger

En Ukraine, Antoni Lallican, photojournaliste français, a été tué par une frappe de drone. En Algérie, Christophe Gleizes, journaliste sportif français, a été condamné à 7 ans de prison pour avoir simplement exercé son métier. Deux destins qui rappellent qu’en 2025, informer reste un combat.

La liberté de la presse s’est considérablement réduite dans le monde, atteignant en 2025 son niveau le plus bas depuis 50 ans, selon un rapport publié le 11 septembre par le groupe de réflexion International IDEA. Dans de nombreux pays, informer devient un acte risqué. Les journalistes sont confrontés à de nombreux dangers comme la violence, la censure et les menaces. Cette détérioration touche toutes les régions du monde. Dans ce contexte mondial alarmant, certaines histoires montrent à quel point la situation est critique.

 

Antoni Lallican: un photojournaliste ciblé en Ukraine

Antoni Lallican, photojournaliste qui a travaillé avec de nombreux médias dont Mediapart ou encore Le Monde a été tué le vendredi 3 octobre à l’est de l’Ukraine. Une frappe « ciblée d’un drone FPV (First Person View) ennemi » est à l’origine de cette catastrophe comme annoncé sur Facebook par la 4e brigade ukrainienne, qui était accompagnée par des journalistes, dont le Français. Il était présent dans une voiture identifiée « presse » avec un journaliste ukrainien, Georguiï Ivantchenko, qui a été gravement blessé durant l’attaque.

Cette affaire a fait réagir de nombreuses ONG, dont RSF (Reporters sans frontières) qui demande « une enquête rapide et indépendante » de cette affaire. L’organisation rappelle que « les journalistes doivent bénéficier d’une protection renforcée en zone de guerre et que les Etats comme les forces armées doivent respecter strictement le droit international humanitaire.

Le droit international humanitaire (DIH) est un ensemble de règles qui visent à protéger les personnes qui ne participent pas aux hostilités (comme les civils, les blessés et les prisonniers) et à limiter les moyens et méthodes de guerre. Il s’applique principalement en temps de conflit armé pour réduire les souffrances humaines et préserver la dignité. Les journalistes bénéficient donc de ce droit.

Le parquet national antiterroriste français, a indiqué le 5 octobre, avoir ouvert une enquête pour « crime de guerre ». Celle-ci est menée par l’Office de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), en lien étroit avec les autorités ukrainiennes, afin d’établir les circonstances exactes du drame. L’objectif est de rassembler des preuves et de poursuivre les responsables, éventuellement devant la Cour pénale internationale.

Cette tragédie met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des journalistes sur les zones de conflits, souvent exposés à des risques extrêmes. Selon le baromètre de Reporters sans frontières, 38 journalistes ont été tués à cause de leur profession depuis le 1er janvier 2025. Sur le terrain, les reporters deviennent trop souvent des cibles délibérées, victimes de frappes, d’arrestations arbitraires. Le droit international humanitaire est régulièrement bafoué.

 

Christophe Gleizes: un journaliste condamné pour son travail

Le cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif français collaborateur des magazines So Foot et Society, illustre une autre facette des dangers que rencontrent les reporters sur le terrain. En juin 2025, il est condamné à sept ans de réclusion criminelle avec mandat de dépôt pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt nationale ». La justice algérienne reproche principalement au journaliste d’avoir réalisé en 2015 et en 2017, des entretiens avec un dirigeant de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), également responsable du Mouvement de l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Ce mouvement n’a toutefois été classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes qu’en 2021. Arrêté en mai 2024, alors qu’il effectuait un reportage sur les heures de gloire du club kabyle dans les années 80, Christophe Gleizes a passé treize mois sous contrôle judiciaire et a été interdit de quitter le territoire avant d’être condamné par le tribunal de Tizi Ouzou.

À la suite de sa condamnation, Gleizes a reçu de nombreux soutiens et supports. Ses proches ont lancé une pétition et une centaine de personnalités publiques dont Hervé Renard ou encore François Civil ont signé et appelé publiquement à sa libération. Des clubs de football ont aussi témoigné de leur soutien, dont l’OGC Nice qui a été le premier en France à afficher sa solidarité. Le club relaie la pétition avant chaque match à domicile sur les écrans géants de l’Allianz Riviera. Le 29 septembre dernier, une action a été menée par Reporters sans frontières et la Conférence des écoles de journalisme. Cette initiative a rassemblé toutes les écoles reconnues par la profession, soit 16 établissements, dont les 15 membres de la CEJ et le Centre nantais de journalisme (CNJ). Les écoles se sont mobilisées de différentes manières avec comme objectif de sensibiliser le public et les autorités à la situation du journaliste. Il visait également à défendre la liberté de la presse et à protéger les reporters, qu’ils travaillent dans des zones de conflit ou dans des pays où exercer le journalisme indépendant est risqué.

 

La liberté de la presse menacée dans le monde

Ces cas s’inscrivent dans un contexte alarmant pour la profession. D’après le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF, plus de la moitié de la population mondiale (4,25 milliards) vit dans un pays où la liberté de la presse est gravement menacée.

Moins de 0,8 % de la population mondiale vit dans un pays où la liberté de la presse est pleinement garantie. Dans les zones les plus à risque, comme la Palestine, la Chine ou la Syrie, les journalistes subissent des arrestations, des détentions, disparitions ou violences, parfois mortelles. Même des régions comme l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord comptent désormais une majorité de pays où exercer le journalisme est extrêmement dangereux.

Les cas d’Antoni Lallican et de Christophe Gleizes illustrent cette tendance. Les journalistes deviennent des cibles directes. La protection qui leur est théoriquement offerte reste souvent ignorée. Ce contexte mondial souligne l’importance des actions de soutien, des mobilisations citoyennes et de la pression internationale pour garantir la liberté d’informer.

 

Photo de Алесь Усцінаў sur Pexels

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