Un nouveau rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme : la planète aurait basculé dans une « faillite hydrique mondiale », un seuil critique où l’eau devient une ressource structurellement fragile. Alors que près de la moitié de l’humanité connaît déjà de graves pénuries chaque année, cette alerte, publiée le 20 janvier par l’UNU-INWEH, intervient à l’approche de la Conférence des Nations unies sur l’eau et appelle à un sursaut immédiat face à un risque désormais irréversible
Les chercheurs de l’ONU alertent le monde sur une nouvelle phase du changement climatique : la faillite hydrique. Kaveh Madani, directeur de l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, à l’origine de l’étude, explique que des décennies de déforestation, de pollution, de dégradation des sols, de surexploitation des ressources en eau et d’épuisement chronique des nappes phréatiques, aggravées par le réchauffement climatique, ont infligé des « dommages irréversibles » à l’approvisionnement mondial en eau et à sa capacité de résilience.
Contrairement à la crise hydrique, ce phénomène n’offre pas de solution miracle, c’est-à-dire une situation chronique où l’épuisement des ressources en eau est irréversible. Ainsi, plus de la moitié des grands lacs du monde ont vu leur superficie diminuer depuis le début des années 1990, tandis qu’environ 35 % des zones humides naturelles ont disparu depuis 1970, a déclaré M. Madani.
Le rapport définit la faillite hydrique comme un état combinant insolvabilité et irréversibilité. L’insolvabilité correspond à des prélèvements et à une pollution de l’eau qui dépassent les apports renouvelables et les seuils d’exploitation soutenables. L’irréversibilité, elle, renvoie aux atteintes portées à des éléments clé du capital naturel lié à l’eau, zones humides, lacs, aquifères, rendant impossible tout retour à l’état initial.
Une pression croissante sur les populations et les écosystèmes
Si tous les bassins et tous les pays ne sont pas encore en faillite hydrique, un nombre suffisant de systèmes critiques ont, selon Kaveh Madani, franchi ces seuils. Les données ne pointent pas vers un échec mondial, mais révèlent l’existence de nombreux systèmes en faillite ou au bord du gouffre, interconnectés par le commerce, les migrations, les rétroactions climatiques et les dépendances géopolitiques. De quoi bouleverser en profondeur le paysage des risques à l’échelle planétaire.
Les charges retombent de manière disproportionnée sur les petits exploitants agricoles, les peuples autochtones, les citadins à faible revenu, les femmes et les jeunes, tandis que les avantages de la surexploitation profitent souvent aux acteurs les plus puissants.
Selon le rapport, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord font partie des « points chauds » en matière de faillite hydrique en raison du stress hydrique élevé, de la vulnérabilité climatique, de la faible productivité agricole, du dessalement énergivore, des tempêtes de sable et de poussière et de la complexité des économies politiques.
Le bilan humain est déjà lourd. Près des trois-quarts de la population mondiale vivent dans des pays classés comme souffrant d’insécurité hydrique ou d’insécurité hydrique critique. Environ quatre milliards de personnes sont confrontées à une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois chaque année, tandis que les effets de la sécheresse coûtent environ 307 milliards de dollars par an. Le constat est alarmant, mais nécessaire avant la prochaine conférence des Nations unies sur l’eau, prévue en décembre aux Émirats arabes unis.
Plan de redressement : vers un nouvel agenda mondial de l’eau
Dans ce nouveau contexte, les scientifiques ne parlent plus de restauration, mais de préservation des ressources encore disponibles. « Il ne s’agit pas de tuer l’espoir, mais de provoquer une prise de conscience », a déclaré Kaveh Madani mardi. « Reconnaître honnêtement l’échec d’aujourd’hui est la condition pour rendre possible le demain. »
Pour autant, tout n’est pas perdu. Comparant la gestion de l’eau à celle des finances, M. Madani souligne que la faillite ne marque pas la fin de l’activité. « C’est le point de départ d’un plan de redressement structuré : on stoppe les pertes, on protège les services essentiels, on restructure ce qui ne tient plus et on investit dans la reconstruction », explique-t-il.
Il appelle à un nouvel agenda mondial de l’eau intégrant pleinement la notion de faillite hydrique. Le rapport préconise une transition entre la gestion de crise et la gestion de l’insolvabilité, fondée sur la reconnaissance du caractère irréversible de certaines pertes, la protection des ressources restantes et des politiques alignées sur la réalité hydrologique actuelle, plutôt que sur les normes du passé.
crédit photo : Çağrı KANMAZ sur pexels
Nutsa Lazarishvili
Aspirante journaliste riche d’une double culture géorgienne et française, je vise aujourd’hui le journalisme international pour décrypter les enjeux de société actuels. À Pop Up, j’explore différents sujets ainsi que des formats variés pour développer mes compétences rédactionnelles.