« Je crois que j’aurais l’honneur de prendre Cuba” : Donald Trump menace l’île caribéenne

« Je crois que j’aurais l’honneur de prendre Cuba” : Donald Trump menace l’île caribéenne

Le 16 mars 2026, le président des États-Unis a annoncé vouloir “prendre Cuba” prochainement. Donald Trump a également suggéré qu’il pourrait cibler l’île par une action militaire après la guerre en Iran.

Entre 1845 et 1853, les États-Unis ont acheté le Texas, le Nouveau-Mexique, le Nevada, le Colorado, l’Utah et la Californie au Mexique. En 1874, les États-Unis essayent d’acheter Cuba à l’Espagne. La “diplomatie du dollar” fonctionne déjà à plein régime. 

En 1959, la révolution cubaine menée par Fidel Castro triomphe. À moins de 200 km des États-Unis, le nouveau gouvernement inquiète le pays. Les premières actions de Fidel Castro sont la nationalisation des entreprises américaines, notamment la United Fruit Company, et la promotion d’une réforme agraire. Pendant la guerre froide, le gouvernement cubain s’est tourné vers le pétrole soviétique, en faisant son premier fournisseur. La réaction des États-Unis en 1962 est l’application d’un embargo sur le sucre, principale exportation cubaine.

Avec la chute de l’Union soviétique, Cuba a commencé à importer du pétrole vénézuélien. En échange, l’île envoyait des médecins, des enseignants et des militaires à Hugo Chávez. En 2016, le président Barack Obama a effectué une visite officielle pour rencontrer Raul Castro, le frère de Fidel Castro. Il s’agit de la première rencontre entre un président des États-Unis et un dirigeant cubain depuis 1928. L’embargo imposé au pays caribéen est assoupli. 

Dès 2017, des sanctions importantes ont été réinstaurées par Washington. Au cours de son premier mandat, M. Trump a imposé 243 mesures coercitives afin de réduire le tourisme, les investissements étrangers et les “remesas”, ces transferts d’argent envoyés par les émigrés à leurs proches restés dans leur pays d’origine. Le pays a été inscrit par le président américain sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Durant son mandat, Donald Trump a également interdit au Venezuela l’accès au marché énergétique mondial, impactant directement Cuba. Les livraisons de pétrole sont passées de 100 000 barils par jour à 26 000 en 2025. Depuis janvier 2026 et l’arrestation de Nicolás Maduro, plus aucun baril de pétrole n’a atteint La Havane, jusqu’à ce que la Russie intervienne le 31 mars 2026. 

Une motivation politique 

Selon Christophe Ventura dans Le Monde Diplomatique, le Venezuela permettait à La Havane de satisfaire la “quasi-totalité des besoins de Cuba en pétrole.” Caracas était également le premier partenaire commercial de l’île. Le pays représentait 45 % du commerce extérieur et 20 % du PIB de Cuba en 2014. 

Selon la chercheuse Marie-Laure Geoffray pour Le Monde, dans le discours de Donald Trump, Cuba représente une “ressource rhétorique anticommuniste, antisocialiste, à la fois libérale et conservatrice contre tous les socialismes dans les Amériques.” Pour le président, “prendre Cuba” pendant sa présidence, c’est faire ce que les autres présidents n’ont pas fait. L’île ne représente donc pas un atout économique mais politique. De plus, la chercheuse voit la raison électorale comme une autre motivation pour Donald Trump. La diaspora cubaine aux États-Unis a permis de le faire élire. Le vote des Cubains se tourne majoritairement vers le parti républicain. Une partie de la diaspora installée sur le territoire nord-américain est en faveur de la chute du gouvernement de l’île. Le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio (cubano-américain), soutient également l’idée qu’il faut faire tomber le gouvernement cubain.

Violation des droits de l’homme

Chaque année, depuis 33 ans, l’ONU réclame la fin de l’embargo américain. En février 2026, Marta Hurtado, porte-parole des droits de l’homme de l’ONU, a alerté sur les conditions de vie à Cuba : “Nous sommes extrêmement préoccupés par l’aggravation de la crise socio-économique à Cuba – au milieu d’un embargo financier et commercial de plusieurs décennies, d’événements météorologiques extrêmes et des récentes mesures américaines restreignant les expéditions de pétrole.” Selon Marta Hurtado, “les objectifs politiques ne peuvent justifier des actions qui, en elles-mêmes, violent les droits de l’homme.”

Les pays latino-américains ne sont plus des soutiens de Cuba. Sous la pression de Washington, le Nicaragua n’octroie désormais plus de visa aux citoyens cubains qui transitent par le pays pour se rendre aux États-Unis. Le Guatemala a également interrompu le programme d’accueil des médecins cubains. 

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum Pardo, a quant à elle assuré son soutien au peuple cubain. Moscou apporte aussi son aide à l’île caribéenne. Un premier pétrolier a été envoyé à Matanzas le 31 mars, transportant 730 000 barils de pétrole. Il s’agissait du premier chargement reçu à Cuba depuis trois mois. Jeudi 2 avril, la Russie a annoncé préparer un deuxième pétrolier pour aider l’île.

Camille COUILLAUD

Credits photo : Pexels – Humam Musawwir 

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