Ce 8 mars 2026, Charles Villa journaliste-reporter indépendant, anciennement sous contrat du média « BRUT » était à Bordeaux au Cinéma Utopia pour la diffusion de son nouveau reportage nommé « From Gaza, with love ». Co-produit par Suhail Nassar gazaoui photographe et journaliste reporter pour Al-Jazeera, ce reportage propose une immersion au cœur de la vie de Suhail dans la ville de Gaza. Revenons sur cette immersion loin des plateaux télévisés et des médias de masse qui viennent bien trop souvent biaiser les informations.
Charles Villa, l’un des producteurs du film, est journaliste et grand reporter indépendant. Très influent en France par son nombre d’abonnés sur ses réseaux sociaux puisqu’il comptabilise près d’un million d’abonnés sur YouTube et plus de deux-cent cinq mille sur Instagram. Il était présent lors de la projection de son film, qui était une première en France. Après avoir produit ce film tout seul et étant dépendant des donations pour la production, il raconte avoir décidé de devenir indépendant notamment du média BRUT en 2025 suite à un désaccord autour de la liberté médiatique concernant Gaza. Dénonçant les exactions Israélienne dans la bande de Gaza et la notion de génocide depuis avril 2024 qui est aujourd’hui reconnu par les nations-unis. Le média ne l’autorisait pas à faire des remarques ou des dénonciations envers le comportement des Israéliens dans la zone.
« From Gaza, With Love » vient grâce à la Co-production de Suhail Nasser, Gazaoui et résident de la ville de Gaza adopter une approche profondément immersive où l’on suit son quotidien et sa vie. Filmé à l’aide d’un téléphone portable et suivant les conversions quotidiennes qu’entretiennent le reporter français et le photographe gazaoui, ils nous amènent à découvrir les proches de Suhail dont beaucoup d’enfants qui tentent de se maintenir en vie dans un contexte marqué par l’incertitude et les destructions. Cette proximité avec les résidents de zone de conflits montre les moments de solidarité, mais aussi les peurs et les espoirs qui traversent la population qui craint la mort chaque jour. Le récit privilégie d’autant la parole des témoins directs. Les dialogues, les silences et les regards participent à construire une narration qui repose sur l’expérience vécue plutôt que sur l’analyse extérieure.
Une vision différente des médias de masse
Au-delà de son immersion humaine, ce reportage traduit par la transparence du contenu, un autre point de vue du conflit ainsi qu’un autre traitement médiatique du conflit. Risquant sa vie chaque jour pour tenter de filmer et documenter ce qu’il a vu. Suhail Nasser, ancien graphiste a compris qu’avoir le courage de documenter ce qu’il voit et de filmer serait important afin de parvenir à la vérité et à diffuser la réalité du milieu. Dès lors il s’oppose aux couvertures médiatiques de masse qui fonctionnent souvent selon des logiques de rapidité et de simplification en restant accessible à un large public.
Ce récit va au-delà de la médiatisation externe et rapide du conflit, il rappelle que la vie dans ce petit territoire enclavé continue. Il déconstruit les idées de propagande médiatique de « guerre juste » entre 2 États et évoque des massacres envers une population prisonnière de sa propre ville. Assiégés de jour comme de nuit par des bombes éclairantes, des drones et des missiles, les hommes sont impuissants face à une telle palette d’action. Le reportage réalisé il y a 1 an environ montre comment Suhail est suivi et traqué par des drones. Des tueries et des bombardements envers des écoles et des lieux totalement neutres sont aussi mis en avant. Ainsi il ne cherche pas à donner une explication globale du conflit, mais à montrer des fragments de réalité souvent invisibles dans les informations.
Condition des journalistes à Gaza – Liberté de la presse restreinte
Le reportage From Gaza with Love du journaliste Charles Villa et de Suhail Nasser met en lumière la réalité extrêmement difficile du travail journalistique dans la bande de Gaza. Les reporters qui couvrent le conflit y évoluent dans un environnement marqué par l’insécurité permanente, les bombardements et la destruction des infrastructures. Dans ces conditions, informer devient un travail particulièrement dangereux qui peut parfois coûter la vie. Les journalistes doivent se déplacer dans des zones instables avec peu de protection et des moyens techniques limités. Malgré ces risques, ils continuent de documenter les événements pour informer le reste du monde. Le film montre ainsi que derrière chaque image diffusée dans les médias se trouvent des professionnels exposés à des situations extrêmes. Aujourd’hui aucun journaliste n’est autorisé dans l’enclave et le peu de gens qui chercheraient à relayer des informations sont traqués et tués. Il raconte être lui-même suivi par des drones et pouvant être la cible à tout moment de drones ou de missiles.
La violence du conflit se reflète aussi dans le nombre très élevé de journalistes tués depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2022. Selon l’ONG Committee to Protect Journalists, plus de 200 journalistes et travailleurs des médias ont été tués entre 2023 et 2025, faisant de ce conflit le plus meurtrier pour la profession. La majorité des victimes étaient des reporters palestiniens travaillant directement sur le terrain. Certains ont été tués alors qu’ils couvraient les événements, parfois dans des véhicules marqués faisant partie de la presse ou près d’hôpitaux. D’autres sont morts lors de bombardements touchant leur domicile, avec leurs familles. Cette situation montre que les journalistes subissent les mêmes conditions extrêmes que les civils qu’ils documentent. Ainsi la Palestine est le 157ème pays sur 180 qui garantit la liberté de la presse à ses habitants. Traqués et tués, les derniers journalistes présents dans la bande de Gaza montrent que la liberté d’expression n’est pas un droit mais une nécessité face à l’oppresseur.
Pierre Bonnaud
Crédits photo : instagram de Charles Villa
Étudiant en L1 d’histoire, je suis passionné par le sport et par l’actualité. Mordu d’Histoire, retrouvez-moi dans le pôle rédaction de Pop Up, en attendant d’être journaliste !!