Le mardi 3 février 2026 a inauguré la troisième édition du Festival de Journalisme Sportif à Laval en Mayenne.
Ces trois jours de conférences ont été rythmés par les interventions de grands journalistes et professionnels du sport comme Didier Deschamps, Raymond Domenech, Olivier Ménard, Denis Zanko, Emilie Ros, Bertrand Latour, ou encore Vincent Lartot et bien d’autres…
Ce festival est revenu sur l’histoire du sport ainsi que les problématiques liées à celle-ci.
Un défi géopolitique
La diffusion du reportage « The FIFA Family : a Love Story » réalisé en 2017 a permis de mettre en lumière les enjeux comportementaux et politiques liés à des préoccupations économiques importantes dans le football. Ce reportage revient sur les scandales des années 2010 au sein de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) impliquant Chuck Blazer, Sepp Blatter, ou encore Michel Platini. Le choix du pays hôte de la Coupe du monde 2022 s’est disputé entre les États-Unis et le Qatar. Une majorité des membres exécutifs de la FIFA se sont avérés être corrompus. Une enquête intrinsèque à la FIFA avait été réalisée par Michel Garcia en 2014, mais seulement partiellement rendue publique.
Cette diffusion a engendré une discussion des intervenants autour de la Coupe du monde de football organisée cet été 2026 aux USA, au Mexique et au Canada.
La coupe du monde est l’événement sportif le plus regardé du monde, on comptabilise environ 5 milliards de téléspectateurs, selon la FIFA. La situation géopolitique des USA inquiète fortement les journalistes sportifs notamment à cause de la décision de Donald Trump de durcir les droits de douane. On assiste à ce qui est nommé une « désoccidentalisation » du football. Ainsi, l’organisation d’événements sportifs participe à la démonstration du pouvoir des pays.
La question de la légitimité du pays hôte reste au centre de toutes les attentions. Toutefois, un boycott — comme celui évoqué lors de la Coupe du monde 2022 — paraît peu envisageable, car il aurait peu d’emprise réelle sur l’événement. De plus, on peut questionner l’implication des athlètes dans les décisions politiques. On attend cependant des sportifs de haut niveau des performances et non une prise de position. Ainsi, une certaine réticence se fait sentir ajoutée à une peur de la mise en place de sanctions vis-à-vis des fédérations.
La phrase à retenir : « Une Coupe du Monde est rarement organisée au bon endroit au bon moment ». À savoir, le pays hôte d’une coupe du Monde est voté une dizaine d’années avant qu’elle n’ait lieu par les membres du comité exécutif de la FIFA.
Une mutation médiatique
La table ronde du jeudi 5 février après-midi a été consacrée aux 50 ans de l’émission Stade 2 (diffusée par France 3 tous les dimanches). Cette séance a accueilli les anciens présentateurs Lionel Chamoulaud, Patrick Chêne et Céline Géraud. Leurs différentes expériences ont montré que l’émission Stade 2, mise en place en 1975 par Robert Chapatte, n’a cessé d’évoluer avec son temps. Elle est passée d’un contenu divertissant à une émission experte mais toujours légère axée sur les actualités sportives.
Aujourd’hui l’émission, autrefois considérée comme « la Messe du dimanche», rencontre des difficultés à retrouver des téléspectateurs investis. À l’ère du numérique, les individus ont accès à l’information en un clic, tout est disponible tout de suite. Le journaliste rencontre des difficultés à intéresser les lecteurs.
Une « zone de friction » apparaît donc entre journalistes, communicants et créateurs de contenus. Le rôle du créateur de contenu est de raconter une histoire qui est souvent influencée par des partenariats et placements de produits de diverses marques. La barrière entre communicant et journaliste est encore plus fine. Avant, le journaliste vivait avec l’équipe et avait accès à une banque d’informations diversifiées. Aujourd’hui tout est filtré par les agents et les officiers de presse. Le reportage est ainsi progressivement remplacé par le storytelling. L’athlète devient le plus souvent acteur de sa propre communication, il devient un « athlète-média ». Les joueurs sont devenus des marques qui gèrent leur propre « droit à l’image » rendant la tâche de la presse traditionnelle de plus en plus complexe.
L’écologie du mental
Le 4 février 2026, la table ronde qui a suivi la diffusion du reportage « Têtes plongeantes, faire équipe pour la santé mentale » a marqué l’esprit du public dans la petite salle du Ciné ville de Laval. Ce reportage est le résultat d’un projet initié par les Français vainqueurs de la Coupe du Monde 2018 : Samuel Umtiti, Raphaël Varane, Blaise Matuidi, Olivier Giroud et Djibril Sidibé où ils ont rencontré des jeunes pour discuter de la santé mentale.
Ce documentaire poignant montre que chacun est sujet à souffrir de troubles mentaux et que cela reste un sujet tabou. « 13 millions de personnes souffrent de troubles psy », « 1/3 des 18-25 ans sont concernés »; “60% d’entre eux ne souhaitent pas parler de leur santé mentale ». Les sportifs évoquent leur solitude d’athlète : « La solitude ça peut tuer », Samuel Umtiti. Les sportifs de haut niveau souffrent également d’une pression sociale intense. Le contraste entre le physique, les performances, l’image donnée et la détresse psychologique est poignant.
Stéphane Pédron, ancien joueur du FC Lorient, et Denis Zanko, ancien joueur du Toulouse FC (TFC), tous deux aujourd’hui formateurs et entraîneurs, sont intervenus autour de la table ronde pour souligner les progrès des clubs de formation dans l’accompagnement personnel et psychologique des athlètes professionnels et en devenir. Il y a 20 ans, Jean-Philippe Delpech a mis en place, au sein du club de formation le TFC, une structure accompagnant psychologiquement et optimisant la performance (« un bon esprit = un bon corps ») des footballeurs dès leurs 8 ans. Les jeunes devront faire face aux mêmes enjeux que leurs aînés mais seront mieux armés que ces derniers : une concurrence accrue, un ascenseur émotionnel, une surmédicalisation, une performance au sommet attendue et des critiques en tout genre.
En outre, le rôle du petit (plutôt grand) monde qui entoure les athlètes : entraîneurs et agents, est de contribuer à un équilibre entre performance sportive et stabilité mentale pour les sportifs. Il faut à la fois laisser place à l’humain aux relations humaines mais également préparer l’athlète à une autonomie dont il n’a pas l’habitude. L’entourage et les hobbies externes au football sont des ressources essentielles au bon développement du sportif de haut niveau mais pas seulement !
Ce que l’on doit retenir : un festival attractif, divertissant et instructif reconduit pour une quatrième édition en Février 2027 à Laval !
POUPARD Oriane
© POUPARD Oriane
Passionnée de sport notamment de football depuis mon plus jeune âge, je suis dans l’optique de devenir journaliste sportive. Aujourd’hui en première année de double licence Information Communication-Anglais à Bordeaux Montaigne, j’ai hâte de participer à la création de podcast, reportages et articles sportifs.