Entre politisation et recherche d’influence dans les médias, parvenir à l’information, un défi de nos jours ?

Entre politisation et recherche d’influence dans les médias, parvenir à l’information, un défi de nos jours ?

Le 12 septembre 2025, le média français numérique BRUT est racheté par un actionnaire milliardaire Libanais Rodolphe Saadé. Riche de plus de 20 millions d’abonnés sur tous ses réseaux sociaux, BRUT est très influent en partageant ses contenus dans de courtes vidéos ou reportages qui sont visionnés par un public relativement jeune. L’influence politique et économique de l’accaparement des médias de plus suite à ce rachat et au désir d’acquérir l’information nous mène à une question : pouvons nous parvenir à une information fiable et juste de nos jours, délier d’influence médiatique majeure ?

La place prépondérante de l’information et des médias dans la vie des Français

L’importance que les Français accordent à l’information, soit à la prise de connaissance et aux renseignements contemporains, est très importante. Selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), en 2022, 51,3 millions de lecteurs soit 95 % des Français de 15 ans et plus lisent tous les mois au moins une marque de presse papier ou digitale. Les marques de presse quotidiennes influencent directement les Français qui sont amenés à parler de ces informations entre eux, débattre de l’actualité et à s’instruire d’eux-mêmes. La presse et l’ensemble des médias constituent par là un espace de diffusion privilégié de savoir et du monde extérieur que le lecteur ne peut percevoir de lui-même. En s’imprégnant d’une idée ou d’un débat, on peut dès lors être conditionné à penser d’une certaine manière et nous sommes confrontés perpétuellement à filtrer des éléments grâce à notre esprit qui se doit critique.

La maîtrise de ses médias (journaux, télévision et réseaux sociaux) est devenue un espace de projection impératif pour diffuser une information qui ne touche de plus en plus de personnes. Pour cela, le rachat de journaux, de chaînes de télévision ou de médias audiovisuels comme le rachat récent de BRUT par Rodolphe Saadé participe à l’accaparement de l’espace d’influence. Dans ce cadre, les « géants de l’information » tels que des grands groupes de médias français se font racheter par des milliardaires qui obtiennent des réseaux d’influence de taille. Parmi les grands propriétaires de médias français, Vincent Bolloré propriétaire de la filiale Vivendi (groupe réunissant Canal +, Cnews, Cstar, C8 et NRJ 12). Rodolphe Saadé propriétaire de BFM TV, du groupe RMC, W9, 6Ter, RTL, Gulli. Xavier Niel, propriétaire de Le Monde, Télérama, Courrier International et Bernard Arnault actionnaire majoritaire du Parisien, de Paris Match, Les Echos et l’Opinion. Tous possèdent de grands groupes de médias et donc d’informations, prisés par des millions de Français. Ils peuvent ainsi faire des actualités, de l’information et de leurs diffusions ce qu’ils veulent dans les limites des règles de l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) et de l’ Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP).

Les dangers de l’influence médiatique 

L’influence des sujets, des débats et des discours dans les médias et sur les réseaux sociaux ne sont plus à démontrer. Aujourd’hui en politique, les médias sont des lieux d’expression privilégiés pour rallier des auditeurs. Sur les réseaux sociaux, la jeunesse est ciblée par la diffusion de courtes vidéos sur « Tiktok » avec des politiciens très actifs qui réunissent des millions d’abonnés comme Jordan Bardella (vice-président du parti du Rassemblement National) qui réunit à lui seul 2,2 millions d’abonnés. Sur le réseau social français « BeReal » où l’utilisateur est amené à poster une photo de lui et de son environnement chaque jour, Gabriel Attal (secrétaire général du parti Renaissance) est très actif et montre son quotidien à ses abonnés. Tandis que Jean Luc Mélenchon (membre du parti LFI et député français) participe à des vidéos en temps réel sur Twitch et réunit plus de 113 000 abonnés.

Ces espaces constituent pour la jeunesse des lieux où l’information et les discours sont biaisés. Percevant qu’une petite partie de la réalité politique, la médiatisation du quotidien des politiciens met en place une relation privilégiée avec le visionneur de la vidéo qui ne va pas entendre d’avis divergents et sera soumis à l’interprétation d’un seul homme. Chez les jeunes adolescents et même les plus jeunes enfants qui malgré la politique des réseaux sociaux qui tente de limiter l’accès au plus jeune en vain, l’influence de ces nouveaux enjeux pour les politiques peut les influencer bien que sans causer de menace réelle pour leur intégrité les amener à s’embrigader.

De même dans les médias télévisés et journaux papiers, les choix des sujets débattus et entretenus par les journalistes peuvent largement être orientés selon les idées du propriétaire émetteur. L’accusation envers Cnews et le groupe Bolloré qui, débattant de l’avortement, s’est vu infliger une peine de 100 000 euros par l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour avoir présenté l’avortement comme « la première cause de mortalité ». Les chroniqueurs du groupe Vivendi sous la ligne éditoriale de Vincent Bolloré actionnaire majoritaire sont aussi critiques vis-à-vis des partis politiques d’opposition. L’émission Ne Touche pas à mon poste (TPMP) anciennement animée par Cyril Hanouna, sur C8, à elle aussi amené le groupe a été condamné après avoir dénigré la candidature de François Hollande membre du parti socialiste aux élections législatives. Des propos insultants et rabaissants qui influencent l’auditeur dans ses idées et menacent « le pluralisme politique en période électorale » d’après le journal le Monde.

Parvenir à l’information sans influence majeur, une ambition possible ?

Atteindre une information fiable reste possible. En France, la plupart des citoyens font appel à divers médias chaque semaine selon CBnews et une étude de l’ARCOM en 2024, Les Français consultent régulièrement 9 marques médias différents pour s’informer. Recouper ses sources devient important et stratégique pour lutter face aux influences médiatiques. Comparer un article de presse écrite avec une enquête de journalistes indépendants permet aussi d’atténuer les informations. Ils jouent un rôle important dans le relais des informations puisqu’ils ne sont pas soumis à une ligne éditoriale pour la transmission d’informations ce qui permet plus de transparence et d’affaires de terrain. Diffusant régulièrement des études fondées sur des données vérifiables. L’impact des grandes entreprises médiatiques paraît comme minoritaire lorsque l’on considère plusieurs perspectives. Les informations publiées ne sont pas entièrement inexactes, il y a forcément des faits qui ne peuvent pas ou moins être influencés. La météo, par exemple, constitue à elle seule une grande page de l’actualité et ne peut qu’en de très faibles cas être décriée. 

La mauvaise transmission de l’information ne vient pas seulement de la concentration des médias, elle réside aussi dans la perception du public. Beaucoup consomment l’information sans recul au jour de la sur-information, en continu, le flux est continu, rapide, visuel et pas souvent bien perceptible. Les réseaux sociaux amplifient ce mouvement, le spectateur est pris dans une logique de vitesse. Il commente, partage, mais ne vérifie pas. L’éducation aux médias prend tout son sens et la sensibilisation ainsi que l’apprentissage des zones d’influence médiatiques à l’école, dans les familles, dans les universités est plus qu’importante. Apprendre à lire une information, à l’interroger, à la replacer dans un contexte permet au lecteur de devenir acteur de ses actualités en les relayant en toute connaissance de cause. Une opinion publique consciente ne se laisse pas enfermer dans une vision unique. Elle résiste aux discours orientés et conserve une liberté de jugement.

 

Pierre Bonnaud

 

 

Crédit photo : Pixabay

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