Dimanche 16 novembre 2025, les Chiliens ont voté pour le premier tour de la présidentielle. La communiste Jeannette Jara est arrivée en tête à l’issue du scrutin. Elle est suivie par l’ultraconservateur José Antonio Kast, figure du Parti républicain. Ils s’opposeront le 14 décembre prochain, pour un second tour déterminant pour le pays.
Depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet, il y a 35 ans, le Chili connaît une alternance politique. L’élection du prochain président chilien risque de ne pas faire exception. Comme le prévoit la Constitution, l’actuel président de gauche Gabriel Boric, élu en décembre 2021, ne peut se représenter. C’est donc son ancienne ministre du Travail, la communiste Jeannette Jara, qui incarne l’union des gauches. Le 16 novembre dernier, elle est arrivée en tête du premier tour des élections présidentielles avec 26,85 % des voix. Il s’agit du résultat le plus faible obtenu par l’union des gauches depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Elle dispose de peu de réserves de voix et souffre du bilan mitigé de Gabriel Boric. Le président sortant est accusé d’avoir “sapé la crédibilité de la gauche chilienne”, selon le site d’information Ex-Ante.
La droite sort, quant à elle, de ce premier tour comme le véritable vainqueur de l’élection. Antonio Kast récolte 23,92 % des suffrages et se qualifie pour le second tour. Les candidats de droite arrivés derrière Kast appellent à voter pour lui. Ainsi, l’ultraconservateur dispose des voix de Evelyn Matthei (centre-droit) et Johannes Kaiser (extrême droite libertarienne) qui ont réuni respectivement 12,5 et 14 % des votes. Les voix cumulées des candidats de droite font arriver Antonio Kast premier du second tour avec 51 % des suffrages. Par ailleurs, le populiste de droite Franco Parisi a créé la surprise. Cet opposant à Gabriel Boric a recueilli 19,71 % des voix, arrivant troisième du premier tour. Avec son soutien, Kast part favori pour le second tour. Il pourrait cumuler jusqu’à 70 % des voix.
Une campagne polarisée
Une autre surprise du premier tour, c’est le vote de l’électorat populaire. Alors que Jeannette Jara a mis en avant durant la campagne son origine modeste, c’est Antonio Kast, issu de l’élite du pays, qui est arrivé en tête des cinq villes les plus pauvres du Chili.
Les sujets de la sécurité et de l’immigration ont dominé les débats de la campagne. Antonio Kast a répété lors d’une rencontre avec ses partisans dans la région d’Araucanie que “personne n’est en sécurité au Chili”. Ce sentiment d’insécurité dans la pays atteint des niveaux historiques. Toutefois, dans les faits, le taux d’homicide est passé de 4,5 à 6 pour 100 000 habitants entre 2018 et 2024, ce qui fait du Chili l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine.
Pour répondre à la polarisation du débat autour du sentiment d’insécurité, les deux candidats avancent des réponses opposées. Jeannette Jara propose d’augmenter le nombre de policiers dans les quartiers et de lutter contre le financement du crime organisé. Son opposant, lui, promet des expulsions massives de migrants. Il souhaite également créer des murs, des clôtures et des tranchées à la frontière bolivienne. Selon la droite, la hausse de la criminalité est due en grande partie à l’arrivée de gangs vénézuéliens et péruviens.
La gauche sur ce sujet est en difficulté. Elle peine à se distinguer du gouvernement de Gabriel Boric qui a eu du mal à répondre à ce sentiment. Par ailleurs, certains électeurs de gauche basculent vers Kast par rejet du communisme.
L’héritage de Pinochet
L’ombre de Pinochet a été présente durant toute la campagne présidentielle. En 2017, Antonio Kast se présente pour la première fois aux élections. Il assure que si Pinochet était encore en vie, il aurait voté pour lui. Il se rend également dans des prisons pour rencontrer des personnes condamnées pour crimes contre l’humanité, commis durant la dictature. Il rend entre autres visite à Miguel Krassnoff, condamné pour mille ans de prison, et assure qu’il ne croit “pas toutes les choses qu’on dit sur lui”. En 2021, il se présente pour la deuxième fois et modère son discours. Il reconnaît que le gouvernement militaire d’Augusto Pinochet était un gouvernement autoritaire mais il continue de revendiquer l’héritage économique et social de la dictature. Il s’oppose ainsi à la légalisation de l’avortement et au mariage pour tous. Cette année, il se présente pour la troisième fois et centre son discours sur l’immigration, la sécurité et l’économie en laissant à Johannes Kaiser la place de pinochetiste. Ce candidat libertarien est arrivé quatrième du premier tour. Il déclare qu’il serait en faveur d’un coup d’État si les mêmes conditions qu’en 1973, lors de la prise de pouvoir du dictateur Pinochet, se présentent. Il a également annoncé qu’il voulait gracier les militaires condamnés, y compris Miguel Krassnoff, s’il était élu.
L’Ipsos et l’Institut de science politique de l’Université catholique du Chili, ont réalisé un sondage sur la nostalgie vis-à -vis du gouvernement de Pinochet. 30 % des personnes interrogées estiment être d’accord ou très d’accord pour dire que Pinochet était un des meilleurs leaders politiques de l’histoire du Chili. L’enquête a également montré que chez les électeurs de l’ultradroite, la nostalgie pour le régime autoritaire était de plus de 50 % pour les républicains et de 65 à 69 % pour les libertariens. Jean Mendelson, diplomate français spécialiste de l’Amérique latine, a déclaré que “les cinquante ans écoulés depuis le coup d’État ont transformé la mémoire de ce drame en simple référence historique”. En mars 2026, le candidat José Antonio Kast pourrait donc devenir le premier dirigeant chilien d’extrême droite depuis Pinochet.
Camille COUILLAUD
©Fahrenheit 75 sur Flickr
Étudiante en information-communication et LLCER espagnol, je souhaite faire du journalisme mon métier. Je suis infiniment curieuse ! Je m’intéresse aux cultures latinoaméricaines mais aussi aux questions d’actualités : web, environnement ou sport tout m’intéresse !