De Calais à Dunkerque, la frontière franco-britannique dernier espoir des exilés

De Calais à Dunkerque, la frontière franco-britannique dernier espoir des exilés

Au nord de la France, des milliers d’exilés s’entassent dans des campements informels dans l’espoir de pouvoir rejoindre le Royaume-Uni. En 2024, 89 migrants sont morts en tentant de traverser la Manche. Les associations, en colère, interpellent l’Etat sur les conditions de vie terribles de ces migrants et sur son inaction.  

Ils sont des milliers à rejoindre l’Europe. Originaires d’Afghanistan, de Somalie, d’Érythrée, de Syrie ou encore du Soudan, ils espèrent pouvoir obtenir le statut de réfugié. Toutefois, ils sont nombreux à voir leur demande d’asile être refusée et le  Royaume-Uni apparait alors comme leur ultime solution. Parmi eux, on décompte des  centaines de mineurs non accompagnés, ayant entre 12 et 17 ans, qui tentent de  survivre dans ces camps. Laissés dehors, ces migrants campent dans des tentes dans  les bois ou dans des terrains vagues. Ils sont privés d’installations sanitaires, d’électricité et sans accès stable à la nourriture. Au camp de Loon-Plage, l’accès à  l’eau courante a même été coupé par les autorités. Dans ces conditions, nombre  d’entre eux développent des problèmes de santé physique et mentale, dont des  maladies de la peau, des insomnies ou des troubles anxieux et dépressifs. 

Une attente interminable 

Ces personnes attendent, des semaines, des mois dans l’espoir de pouvoir rejoindre le  sol britannique. Les prix de la traversée varient oscillant entre 800€ et 4500€ selon les  nationalités, des prix qui apparaissent comme particulièrement élevés au vu des risques  encourus. Le trajet s’effectue à bord de bateaux gonflables à moteur, qui au fil des  

années sont de plus en plus changés. Alors qu’en 2018, ils étaient en moyenne 7 par embarcation, en 2023, ce chiffre atteignait 48 personnes, rendant la traversée encore  plus dangereuse qu’elle ne l’était déjà et parfois même mortelle

À Dunkerque, au camp de Loon Plage, une partie des trajets est organiséE par des  passeurs iranos-kurdes. Les « rabatteurs » recrutent des migrants qui veulent travers la  Manche. Puis les « organisateurs » se chargent d’accompagner les exilés sur la plage de nuit pour rejoindre les embarcations.  

Malgré ses diverses mesures, l’Etat reste impuissant 

Cette situation sur le littoral français ne date pas d’hier. Déjà dans la fin des années 90, l’Etat recensait la présence de migrants sans papiers dans la région. Le  démantèlement de la « Jungle » de Calais en 2016, fUt une solution illusoire. Ces  campements se sont déplacés et reconstitués plus au nord, dans la zone industrielle  de Dunkerque. En réponse à ces installations, la police expulse les exilés et démantèle régulièrement les camps. 

En novembre 2022, un premier accord franco-britannique avait été signé, il prévoyait  l’augmentation des sommes versées par le gouvernement britannique à la France pour  qu’elle augmente ses forces de sécurité sur les plages où ont lieu les départs. 

Le 10 juillet 2025, un nouvel accord a été signé entre le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique, Keir Starmer. Il instaure la règle du « One in, one out », en français « un pour un ». Les personnes arrivées illégalement au  Royaume-Uni seront renvoyées en France. En contrepartie, le pays s’engage à accueillir une personne étrangère qui se trouve en France, mais sous certaines conditions. Cette initiative vise à lutter contre l’immigration illégale. Néanmoins,  depuis sa mise en application, plus de 10 000 personnes ont rejoint le territoire  britannique. Le bilan actuel en 2025 s’élève à 39 000 personnes. 

Finalement, que ce soient les conditions insalubres, la violence dans les camps, les  évacuations régulières, les risques de la traversé ou même la promesse d’un vol à destination du Rwanda une fois arrivé au Royaume-Uni, rien ne semble dissuader les  exilés qui sont arrivés jusque-là.  

Les associations s’engagent pour le respect des droits humains  

Depuis des années, des associations comme Utopia 56 ou Médecins du Monde alertent sur les conditions déplorables qui sévissent dans ces camps. Elles essaient tant  bien que mal d’apporter leurs aides aux exilés en préparant des repas, en distribuant des vêtements, des couvertures et des tentes. Elles s’occupent aussi d’orienter les mineurs vers les dispositifs légaux. En effet, la loi française prévoit qu’en cas d’absence d’un responsable légal, c’est l’Etat qui doit garantir un abri à ces mineurs. En réalité,  les foyers sont saturés et ne peuvent répondre aux demandes.  

Le 18 novembre, les six associations Médecins du Monde, Utopia 56, Roots, Refugee  Woman’s Centre, Human Rights Observers et Salam ont attaqué l’État en justice pour  « non-respect des droits-humains » afin de l’obliger à prendre de réelles initiatives. En  réponse, le tribunal administratif de Lille a condamné l’Etat à prendre des mesures d’hygiène. Le préfet et les maires devront entre autres assurer l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires. La justice ordonne également qu’une collecte régulière des déchets soit mise en place. L’Etat dispose d’un délai de dix jours pour les  mettre à exécution.  

Tahiata Gladwin

 

Crédit photo : Sandor Csudai



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