Commotion cérébrale : un fléau passé sous silence ?

Commotion cérébrale : un fléau passé sous silence ?

« Je n’ai aucun souvenir d’une seule seconde d’un match de rugby que j’ai joué ». Cette déclaration de l’ancien rugbyman Sébastien Chabal a profondément marqué le monde du sport l’année passée. Longtemps banalisées, les commotions cérébrales sont de graves blessures aux lourdes conséquences. Alors pourquoi ce sujet est-il toujours tabou dans notre société ? 

La commotion cérébrale est une forme de traumatisme crânien déclenchée suite à un contact direct ou indirect à la tête. La violence des chocs vient toucher le cerveau qui subit un « dysfonctionnement temporaire ». Ses fonctions neuronales sont alors gravement endommagées et peuvent entraîner de nombreux symptômes. 

Dans la plupart des cas, les personnes commotionnées se retrouvent avec des maux de têtes, des pertes d’équilibre et de concentration. Mais ils peuvent être beaucoup plus graves. Vertiges, sueurs froides ou fièvre, vomissements, pertes de coordination, troubles de la vision, pertes de vocabulaire et troubles de la parole, sensation de faiblesse et pertes flagrantes d’énergie, tout peut arriver. Dans les cas les plus graves, la mémoire est sévèrement touchée et les commotions peuvent aller jusqu’à entraîner des crises épileptiques ou des convulsions

« Tu ne sais plus qui tu es… »

S’il existe bien un sport où elles sont omniprésentes, c’est le rugby. La violence des chocs laisse souvent place à de profonds traumatismes pour le cerveau.
En septembre 2025, l’international français Paul Willemse a été obligé de mettre un terme à sa carrière à 32 ans, à cause des dégâts engendrés par les commotions. Il explique avoir été contraint de prendre cette décision pour sa famille. « Tu ne sais plus qui tu es… Tu deviens fou », a déclaré le franco-sud-africain. Et ce n’est pas un cas isolé, Bernard Le Roux, retraite forcée en 2022 à la suite d’un choc. Le gallois Ashley Smith en 2015 et le Néo-zélandais Kane Hames en 2017, tous deux victimes de graves séquelles.

La légende irlandaise Jonathan Sexton aurait subi jusqu’à 30 commotions cérébrales dans sa carrière. La plupart d’entre elles auraient été passées sous silence par ses clubs. Le retraité se dit aujourd’hui en « bonne santé », mais un tel nombre ne présage rien de bon. 

Des séquelles dévastatrices et irréparables 

Le plus souvent, les conséquences sont sous-estimées. Les commotions ne sont pas uniquement présentes dans le sport. Il est tout à fait possible qu’elles arrivent lors d’accidents de la route ou même dans la vie quotidienne. Plus une commotion sera traitée tardivement plus les séquelles seront dévastatrices, persistantes ou même irréparables. Mais la plupart du temps, les symptômes sont minimisés voire complètement ignorés, aggravant le cas du patient. Une commotion est dangereuse car elle est invisible. Pas de plaie apparente, pas d’hématome, le cerveau subit silencieusement en essayant d’envoyer des signaux d’alertes. 

Il y a une chose dont il faut se rendre compte, une commotion cérébrale ne peut pas être soignée au sens strict. Il n’existe aucun traitement pouvant effacer ce traumatisme. Il est en revanche possible de favoriser la guérison avec un repos total. Les capacités de récupération neuronale du cerveau peuvent être facilitées avec un arrêt complet et immédiat, ainsi « qu’un suivi médical rigoureux ». Dans la majorité des cas, lorsque la période de repos a bien été respectée, elles guérissent complètement au bout de quelques semaines

D’importants progrès ont été réalisés ces dernières années pour lutter contre ces traumatismes crâniens. Nous trouvons aujourd’hui de meilleurs diagnostics, en partie due à l’avancée de l’imagerie cérébrale et des tests neurocognitifs. Dans le milieu du rugby, la mise en place du « protocole commotion » a été vue comme une réelle avancée significative. Lorsqu’il est déclaré commotionné, un joueur a l’interdiction formelle de reprendre le jeu avant 12 jours, et cet arrêt peut être rallongé. Une méthode efficace et protectrice, qui a malheureusement longtemps été contournée par les clubs qui refusaient de se passer de leurs joueurs.  

Une ignorance problématique

La plupart du temps, les « spectateurs » du phénomène ne se rendent pas compte des effets traumatisants que peuvent avoir les commotions. Le tabou autour du sujet est en partie dû à l’ignorance. Seule une personne commotionnée peut réellement en connaître les effets. Ceux n’étant pas touchés par le sujet ne peuvent que l’imaginer sans réellement le comprendre. Cette ignorance est un véritable frein à l’avancée médicale. 

Le constat est alors très nuancé. La société prend peu à peu conscience du danger qu’elles représentent. Mais le tabou et le silence persistent. Le « combat » est alors très loin d’être terminé et va constituer un défi majeur pour la communauté scientifique dans les prochaines années.

À notre échelle, il est primordial de ne pas prendre les commotions à la légère et de se protéger le plus possible. Car si nos os, nos muscles ou nos ligaments peuvent se réparer, notre cerveau, lui, reste marqué à vie.

 

Crédit photo: Pexels

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