Bojack Horseman : Miroir d’une génération ?

Bojack Horseman : Miroir d’une génération ?

Le 22 août devrait être férié, en mémoire de l’une des rares séries Netflix à avoir mérité son succès ! Merci à Raphael Matthew Bob-Waksberg pour son talent d’écriture. Nous avons presque réussi à trouver ce cheval cinquantenaire, nymphomane et pervers narcissique… attendrissant. Si l’écriture savoureuse ne vous convainc pas, peut-être que son animation, elle, saura vous captiver. Lisa Lenore Hanawalt aux crayons : les couleurs qu’elle offre à l’histoire sont celles que le scénario fera battre à votre cœur. Les six saisons de la série n’ont pas rassasié son audience. À vous, lecteur·rice·s qui n’avez jamais regardé cette œuvre d’animation, prenez conscience de la chance que vous avez de pouvoir découvrir le programme mais attention, vous deviendrez sûrement misandre ou anti-animaliste après son visionnage.

BoJack Horseman raconte l’histoire d’un cheval, ancienne vedette d’une sitcom familiale, désormais coincé dans les rouages d’Hollywood. Son heure de gloire est passée, mais son ego, lui, n’a pas bougé. Le générique de la série nous prévient : « Back in the 90’s I was in a very famous TV show (…) BoJack the horse, don’t act like you don’t know! » Ne faites pas comme si vous ne connaissiez pas ce cheval ! Tout le monde le connaît… non ? Menant une vie de luxure et de débauche, convaincu que le monde lui doit encore davantage de reconnaissance, sa manageuse, Princess Carolyn, le propulse aux Golden Globes grâce au film Secrétariat, un biopic sur un cheval de course. De là naissent de nouvelles aventures, ancrées dans une représentation réaliste d’une vie emplie de vice. Les thèmes abordés reflètent les travers de la société contemporaine. Aucun tabou n’est épargné : la guerre, le sexe, l’amitié, l’amour — sous toutes ses formes —, tout y passe. La force de l’écriture de la série réside dans sa capacité à rendre ce personnage odieux profondément malheureux. Tous ses actes, aussi problématiques soient-ils, découlent de traumatismes passés. Et c’est bien là toute la subtilité de la série : chacun peut se reconnaître en lui — sa peur de l’abandon, ses addictions, son sarcasme… tout est fait pour le rendre plus humain qu’humain. Et parlons-en, des humains. Dans cet Hollywood, hommes et animaux sont égaux : il n’est pas question de hiérarchiser les espèces, le sujet n’est d’ailleurs même pas évoqué. Ainsi, la différence passe presque inaperçue. N’envoyez pas de lettres d’amour à Mr. Peanutbutter pour autant… je crains qu’il ne vous réponde pas. Pourtant, la prise de contact est tentante. Le golden retriever apporte une atmosphère joyeuse et pittoresque à la ville. Sa femme, Diane, la ghostwriter de BoJack Horseman, est mon coup de cœur de la série. Le personnage est profond, bien écrit, et reste imprévisible, là où son mari, plutôt simplet, l’est absolument. Diane représente la seule femme — humaine — aux combats bien ancrés dans l’Amérique du XXIᵉ siècle. Féministe et engagée, avec ses failles, elle est coincée dans une dualité entre carrière et éthique. Consciente des enjeux sociétaux d’un monde machiste et patriarcal, elle suit pourtant la vie d’un cheval tourmenté et bourré — au sens propre comme figuré — de red flags. L’écriture et les graphismes qui la subliment font, eux aussi, preuve de brio. Les réalisateurs ne cherchent pas à dépeindre Hollywood de manière caricaturale : ni trop utopique, ni trop dystopique, le vivier est présenté tel qu’il est. 

 

Transmédia et fan base : la boucle est-elle bouclée ?

Si la fan base de la série espère toujours voir sortir une nouvelle saison, je crains que ce rêve ne reste un fantasme. La fin que nous offre BoJack Horseman relève de « l’absolute cinema » — une conclusion parfaite à une œuvre déjà magistrale. Je laisse planer le suspense pour les curieux qui iraient jusqu’au bout. Pour ceux qui n’en ont pas eu assez, l’univers de BoJack ne s’arrête pas à la série. Les créateurs ont imaginé de vrais sites inspirés de l’univers, comme whattimeisitrightnow.com, un site mentionné dans la série et mis en ligne par Netflix, renvoyant à de fausses informations sur une plateforme de streaming fictive. D’autres sites parodiques ont vu le jour autour d’émissions comme “Hollywoo Stars and Celebrities: What Do They Know? Do They Know Things?? Let’s Find Out!”, présentée par Mr. Peanutbutter.

Des comptes Twitter non officiels, très actifs au moment de la diffusion, prolongeaient la narration dans le ton des personnages — BoJack, Diane, Princess Carolyn—, offrant une immersion supplémentaire dans cet univers à la fois absurde et lucide. Netflix et les créateurs ont également publié BoJack Horseman: The Art Before the Horse, un livre making-of mêlant croquis, scripts et réflexions d’écriture, ainsi que des produits dérivés (figurines, affiches, etc.) qui prolongent la diffusion culturelle de la série. Les bandes-son (notamment “Back in the 90s” ou “Sea of Dreams”) ont été diffusées sur les plateformes musicales, prolongeant l’expérience émotionnelle au-delà de l’écran. L’univers continue de vivre sur TikTok, où de nombreux audios tirés de la série deviennent viraux : les dialogues, si bien écrits, résonnent encore chez les spectateurs. Le personnage principal marque tellement les esprits que beaucoup en reprennent l’accoutrement pour se déguiser à Halloween. L’univers transmédia de BoJack Horseman repose donc sur un jeu constant entre fiction et réalité, où chaque élément — site web, réseau social, musique ou objet — permet de plonger plus profondément dans la tête de BoJack et dans cet Hollywood anthropomorphique à la fois cruel et fascinant.
Série animée miroir d’une génération, BoJack Horseman ne diverti pas seulement : il questionne, dérange. La fausse lucidité du personnage restera gravée dans les esprits de ses spectateurs.

 

SIMON Emily

 

©Instagram – BojackHorseman





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