Symbole d’unité pour certains, rappel douloureux d’un passé colonial pour d’autres, en Australie, le 26 janvier divise. Instituée comme fête nationale en 1994, cette journée est chaque année source de tensions. Face à cela des alternatives tentent d’être instaurées. Récit
Le 26 janvier 1788 débarque la première flotte britannique à Port Jackson, dans le Sud Est de l’Australie. Marquant la création et l’établissement de la première colonie britannique, alors pénitentiaire, sur le territoire. Au total, cinq colonies furent fondées.
Des années de souffrances
Les années qui suivent sont particulièrement dures pour les peuples aborigènes, alors confrontés pour la première fois à des populations extérieures. La variole, transmise par les colons, décime une grande partie de la population. Les récoltes sont brûlées, les terres confisquées, les familles détruites. Ceux qui refusent de se soumettre sont tués. Des enfants sont enlevés pour être assimilés, arrachés à leur familles, ils sont coupés de leurs cultures et traditions. Il leur est défendu de parler une autre langue que l’anglais et les enfants métis sont adoptés par des familles blanches australiennes.
À long terme, leurs cultures s’appauvrissent avec l’extinction de plusieurs langues, de traditions et la disparition des tribus Aborigènes. Leurs droits sont bafoués, leurs peuples marginalisés et discriminés.
C’est pourquoi le 26 janvier est souvent surnommé « Invasion Day » (Jour de l’Invasion) par les Aborigènes. Cette date marque le début de leurs souffrances et de la dépossession de leurs ancêtres. Ainsi, de nombreuses voix s’élèvent contre ce choix, arguant que cela ne représente pas l’unité nationale qu’est censé incarner ce jour. Symbole de deuil pour les populations indigènes, cette journée sert à se remémorer les souffrances passées et à honorer leurs morts. Mais nombreux sont les Australiens qui voient cette date simplement comme une célébration.
Tentative de reconnaissance
Lors du 26 janvier, les Australiens se réunissent entre eux pour partager un repas, regarder les feux d’artifices. Beaucoup d’événements se déroulent ce jour-là, comme des festivals, des rencontres sportives, des parades ou encore des concerts en extérieur. La nationalité australienne est délivrée et des prix sont décernés pour récompenser de bonnes actions.
Depuis déjà plusieurs années, des initiatives pour reconnaître les souffrances des Aborigènes ont été mis en place pour se remémorer ce qui est devenu partie intégrante de l’histoire australienne.
Parmi elles, la cérémonie matinale WugulOra rend hommage aux cultures Aborigènes et à leur résilience à travers des récits, des chants et des traditions permettant de mieux comprendre leur héritage culturel. Le gouvernement encourage désormais les citoyens à célébrer cette journée dans le respect en intégrant un moment d’hommage aux populations martyres.
Certains Aborigènes organisent des repas dans leur jardin ou donnent accès à leur bar pour pouvoir partager leurs histoires et celles de leurs familles mais aussi de faire découvrir leurs cultures.
En soutien aux Aborigènes, une franchise a choisi de ne pas célébrer l’Australia Day dans ses pubs ; et la chaîne de distribution Kmart a retiré de ses rayons les marchandises dédiées spécifiquement à cette fête.
Changer de date
Une autre solution, présentée comme la plus cohérente, est aujourd’hui mise en avant et alimente de nombreux débats : changer la date de la fête nationale pour le 3 mars. En effet, le 3 mars 1986, la reine Élisabeth II signa l’Australia Act, une loi marquant la dernière étape de l’indépendance constitutionnelle complète de l’Australie. Ce texte mit fin aux ultimes pouvoirs législatifs et judiciaires britanniques sur le pays.
L’historienne Déborah Gare souligne d’ailleurs qu’une nation ne peut se dire pleinement souveraine sans les pleins contrôles sur son propre système judiciaire – un statut atteint précisément à cette date.
Ainsi, le 3 mars apparaîtrait comme le jour idéal pour célébrer la fête nationale : il porte une symbolique forte dans l’histoire australienne, celle de son indépendance totale.
Cette fête nationale attise beaucoup de tensions au vu des opinions divergentes et d’une opposition très forte au changement. Ainsi, les Australiens sont face à un choix :
Que préférer ? Une date instaurée il y a des dizaines d’années, marquée par un passé colonial, d’oppression et par une grande violence. Ou une date porteuse d’unité, de respect, qui fait sens pour tous. Permettant une reconnaissance pour des populations discriminées et abusées occupant cette terre depuis plusieurs siècles.
*Australia Day : fête nationale australienne
Crédit photo : Unsplash
Roux –Lacaze Charlotte