En 2025, l’Unesco a établi un cadre éthique mondial concernant les neurotechnologies, afin d’accompagner les États dans l’élaboration de lois sur le sujet. Le Chili est le seul État à avoir légiféré sur les neurodroits.
En 2021, le Sénat chilien a modifié sa constitution pour protéger le cerveau de sa population. Le Chili est devenu le premier et le seul pays à légiférer sur les “neurodroits” ou droits du cerveau. L’objectif de cette réforme constitutionnelle est de ne pas reproduire la même erreur que pour les données personnelles sur Internet et d’anticiper les dérives.
Rafael Yuste, neurobiologiste à l’Université de Columbia et cofondateur de la Neurorights Foundation, a été interrogé par Emilie Echaroux pour Usbek & Rica. Selon lui, les neurodroits visent “à protéger cinq domaines potentiellement menacés par les neurotechnologies”. Le droit à la vie privée mentale est le plus décisif afin que notre activité cérébrale “ne puisse être décodée sans notre consentement”. Les quatre autres droits cruciaux sont le droit de posséder une identité mentale, le droit “au libre-arbitre sans interférence avec la neurotechnologie”, le droit “à l’égalité d’accès à l’augmentation neurologique” et enfin le droit “à la protection contre les préjugés et la discrimination” Le Chili est le premier Etat dans le monde à intégrer les neurodroits dans sa constitution. En 2021, l’ambition des députés chiliens était de s’assurer que personne n’altère l’état mental d’une personne, sa mémoire, ou exploite ses données cérébrales sans son consentement.
À la conquête du cerveau
Les neurotechnologies progressent très rapidement. Elles sont qualifiées par le Conseil Scientifique Consultatif comme “l’ensemble des technologies qui enregistrent ou modifient l’activité des neurones du système nerveux humain”. Avec l’amélioration des IA génératives, il est désormais possible de déchiffrer des informations neuronales telles que des mots. À l’université de Sydney, des chercheurs ont ainsi réussi à retranscrire les pensées internes d’individus. Lors de cette étude, un casque a été porté par les participants pendant la lecture d’un texte dans leur tête. Ces pensées silencieuses ont été retranscrites avec une précision de 40 à 60%. Des images ont également été implantées dans le cerveau de souris afin qu’elles les assimilent comme étant leurs propres souvenirs.
Les neurotechnologies ont d’abord été utilisées dans le domaine de la santé. Elles permettent de mesurer l’épilepsie, de lutter contre la maladie de Parkinson ou de restaurer de la mobilité chez les paralysés. En septembre 2025, Neuralink, l’entreprise co-fondée par Elon Musk, a annoncé que 12 personnes souffrant de la maladie de Charcot avaient reçu des implants cérébraux et s’en servaient pour contrôler, par la pensée, des outils numériques. Désormais, leur utilisation s’éloigne de l’univers du médical. Des neurotechnologies permettent d’accélérer l’apprentissage des dyslexiques et rentrent dans le domaine de l’éducation. Les GAFAM s’intéressent aussi au fonctionnement du cerveau. Facebook souhaite créer un bracelet pour écrire des textos par la pensée.
La question de l’éthique
En 2023, des entreprises chinoises ont équipé leurs employés de casques mesurant leur concentration et leur fatigue. Les données sont utilisées pour ajuster les pauses ou les tâches. Si cette technologie peut améliorer la productivité, elle pose des questions sur le consentement des travailleurs et le risque de surveillance intrusive. Les pilotes chinois devront également porter des casques pour vérifier leurs capacités de concentration.
Selon Rafael Yuste, les neurotechnologies pourraient offrir aux entreprises, aux pirates informatiques et aux gouvernements de nouveaux moyens d’exploiter et de manipuler les gens. L’enjeu juridique majeur est donc la création du droit à l’intégrité cérébrale. Il s’agit de réglementer “la maîtrise par l’individu de ses états mentaux et de ses données cérébrales pour que personne ne puisse, sans son consentement préalable, lire, diffuser ou modifier ces états et ces données afin de conditionner l’individu de quelque manière que ce soit”, selon le comité international de bioéthique de l’UNESCO.
Les neurotechnologies ne sont soumises à aucune réglementation internationale. En Europe, les informations neuronales ne sont pas inscrites dans le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Le caractère nouveau des neurotechnologies implique des questionnements sur la gestion des données récoltées. Le stockage et la durée de conservation des informations ne sont pas définis juridiquement. L’utilisation de ces technologies pourrait également augmenter les inégalités sociales.
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Camille Couillaud
Étudiante en information-communication et LLCER espagnol, je souhaite faire du journalisme mon métier. Je suis infiniment curieuse ! Je m’intéresse aux cultures latinoaméricaines mais aussi aux questions d’actualités : web, environnement ou sport tout m’intéresse !