Accord UE-Mercosur : viandes argentines contre voitures allemandes ? 

Accord UE-Mercosur : viandes argentines contre voitures allemandes ? 

Samedi 17 janvier 2026, Ursula von der Leyen s’est envolée pour le Paraguay afin de signer l’accord UE-Mercosur au nom des 27. Cet accord économique divise l’Europe depuis 25 ans.

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur est en négociation depuis 1999. Il est au point mort depuis la signature d’un premier accord en 2019. Il est souvent résumé par l’expression « viandes contre voitures ». Les pays sud-américains exporteront des produits agricoles et alimentaires, tandis que l’Europe souhaite vendre des produits industriels et des services. L’accord a été signé le 17 janvier 2026 à Asunción. Après un report en décembre 2025, c’est l’Italie qui a ouvert la voie à une ratification historique. Jusque-là ambigu concernant sa décision, le gouvernement de Giorgia Meloni a voté en faveur de la signature de l’accord le 9 janvier.

L’accord UE-Mercosur souhaite mettre en relation deux zones géographiques représentant 700 millions de consommateurs : le Marché commun du Sud (Mercosur) et l’Union européenne. Le Mercosur, acronyme de « Mercado Común del Sur », est un espace de libre-échange créé en 1991 à Asunción (Paraguay). Il regroupe cinq pays d’Amérique du Sud : l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay, ainsi que la Bolivie (depuis 2024). Il est souvent considéré comme le troisième bloc économique mondial après l’Union européenne et le trio Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, les pays scandinaves et l’Italie ont voté en faveur de l’accord UE-Mercosur. Ils avancent des arguments économiques et politiques. L’accord présenté est important pour les deux régions, puisqu’il doit permettre de renforcer la coopération entre l’UE et le Mercosur, d’assurer la sécurité économique et de protéger les chaînes de valeur. Les défenseurs européens de l’accord de libre-échange craignent que l’Amérique latine ne se rapproche des puissances nord-américaines et chinoises au détriment de l’Europe. L’accord permettrait de réduire les dépendances de l’Amérique latine vis-à-vis de la Chine et des États-Unis.

Une asymétrie des intérêts

Pour les pays du Mercosur, le chauvinisme économique des États-Unis a accéléré la décision de signer l’accord. L’intervention militaire états-unienne au Venezuela et les menaces de Donald Trump à l’encontre de pays sud-américains confirment la volonté des États-Unis de s’imposer en Amérique latine. L’accord entre ces deux régions représente donc une sécurité économique pour les Latino-Américains. Cependant, l’accord ne sera pas forcément moteur de croissance et de dynamisme, mais plutôt de stabilité. Il permettra de sécuriser les échanges et de protéger les pays du Mercosur des décisions unilatérales du gouvernement de Donald Trump.

Il existe une asymétrie des intérêts entre ces deux régions, qui ne disposent pas des mêmes ressources. L’Amérique latine fournit des biens de faible valeur, tandis que les industries locales vont être soumises à la concurrence européenne. Pour Fanny Métrat, éleveuse de brebis et porte-parole de la Confédération paysanne, se battre contre l’accord UE-Mercosur est aussi une manière d’affirmer sa solidarité avec les paysans brésiliens et sud-américains. Cet accord satisfait les intérêts des grandes entreprises sud-américaines, les latifundios, au détriment des paysans exploitant de petites exploitations. Les produits agricoles qui bénéficient de cet accord sont issus de filières économiques spécifiques. Pour l’agrobusiness sud-américain, et notamment brésilien, cet accord UE-Mercosur constitue une victoire après 25 ans de négociations.

« Exposer des filières agricoles sensibles »

L’accord suscite une forte opposition en Europe et en France. Le monde agricole s’est rendu au siège du Parlement européen en décembre 2025 pour manifester son opposition. Depuis plusieurs années, les agriculteurs dénoncent la concurrence déloyale des produits agricoles sud-américains qui arriveraient à la suite de l’accord. Celui-ci prévoit la suppression des droits de douane sur le miel, le riz ou encore le sucre en provenance d’Amérique latine. Le point le plus repris par les agriculteurs est la suppression des droits de douane sur la viande bovine. Dès l’entrée en vigueur de l’accord, un volume équivalent à 1,5 % de la production européenne de bovins sera autorisé à entrer sur le marché.

Les produits agricoles en provenance du Mercosur sont issus de systèmes de production aux coûts plus faibles et soumis à des réglementations environnementales et sociales moins strictes qu’en Europe. Malgré les coûts de transport, ces produits restent moins chers que ceux produits localement. Leur arrivée sur le marché européen entraînera une baisse des prix, obligeant les agriculteurs européens à s’adapter à cette concurrence en réduisant leurs propres prix.

Selon Emmanuel Macron, « si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE-Mercosur sera limité pour la croissance française et européenne. Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire ». De nombreuses associations, syndicats et organisations politiques estiment que les effets négatifs de l’accord supplanteront les effets positifs annoncés. Selon l’analyse d’impact commandée par la Commission européenne, l’accord UE-Mercosur engendrerait 0,1 % de croissance supplémentaire dans l’Union européenne à l’horizon 2032. Pour les cinq pays du Mercosur, la croissance pourrait augmenter de 0,3 %. Avant son entrée en vigueur, le traité doit d’abord être ratifié par le Parlement européen. Le scrutin pourrait être serré, même si une majorité semble favorable à l’accord.

Camille COUILLAUD

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