Sortie en 2004, Desperate Housewives raconte avec humour, drame et mystère le quotidien de quatre femmes au destin mouvementé. Inspirée d’une affaire d’infanticide aux États-Unis d’Amérique, son créateur Marc Cherry nous propulse dans le rêve américain en foulant les pavés du quartier en banlieue chic de Wisteria Lane. La série reflète les tensions d’une Amérique divisée entre conservatisme et progressisme. Elle questionne les normes sociales et féminines, provoque des débats et polémiques autour de la diversité et de sujets longtemps tabous comme l’IVG.
Bienvenue à Wisteria Lane, une petite rue tranquille où habitent quatre femmes aux caractères bien trempés. Desperate Housewives est une série américaine sortie le 3 octobre 2004 sur la chaîne de télévision ABC mettant en scène le quotidien mouvementé de quatre femmes. À travers les personnages de Lynette Scavo, Bree Van de Kamp, Susan Mayer et Gabrielle Solis, le scénariste et producteur Marc Cherry pousse les traits de caractère de ses protagonistes à l’extrême. Plusieurs scandales ont éclaboussé le quotidien des habitants du quartier en banlieue chic, brouillant parfois la frontière entre le fictif et la réalité…
Andrea Yates : la “Desperate Housewife”
Parler de l’histoire de Desperate Housewives sans aborder le cas d’Andrea Yates ? Impossible. Née en 1964, elle est la source d’inspiration de Marc Cherry pour la création de la série. Cette femme, à l’apparence classique, est la voisine que tout le monde pourrait avoir de prime abord. Cependant, chaque voisin a ses secrets…
Persuadée d’être possédée par Satan, Andrea est convaincue que la seule issue pour s’exorciser et protéger ses enfants est de les assassiner. Dans leur maison familiale de Houston au Texas, elle les noie un par un dans la baignoire.
Après avoir visionné un reportage sur cette affaire ayant fait frissonner tous les États-Unis d’Amérique et au-delà, Marc Cherry y puise l’inspiration pour créer sa propre histoire. Rassurez-vous, il n’a pas été charmé par le quintuple infanticide, mais par ce qu’il peut se passer dans la tête d’une personne a priori saine d’esprit. Un questionnement débute chez le scénariste. Il se dit que si une mère de cinq enfants peut dégoupiller à chaque instant, toute personne peut succomber à ces pensées illicites et immorales selon la société. C’est alors que Wisteria Lane prend vie.
Il était une fois : la ville de Fairview…
La première saison de Desperate Housewives débute par un drame. Le quotidien idéal du voisinage se trouve chamboulé par le suicide inattendu d’une “ménagère” aux apparences parfaites. Mary-Alice Young met fin à ses jours à l’aide d’un revolver. Après avoir reçu une lettre de menaces dans sa boîte aux lettres, elle décide de se tirer une balle dans la tête. C’est ainsi que le rêve américain est brisé : le premier “nœud” de la série est lancé.
Elles étaient cinq. Désormais, elles ne sont plus que quatre et leur objectif est clair : découvrir qui a provoqué le décès prématuré de leur amie et voisine. Issues de la classe moyenne supérieure américaine, nos quatre héroïnes ont chacune leurs problèmes, leurs secrets et surtout leur personnalité. C’est d’ailleurs ce qui a participé au succès fulgurant de la série. La singularité de chaque personnage les rend attachants : le public est conquis par des personnages auxquels il peut s’identifier. Les femmes de Wisteria Lane sont accessibles.
Entre le profil-type de la ménagère clichée des années 50 et la mère au foyer ayant stoppé sa brillante carrière pour s’occuper de ses enfants, Marc Cherry a soigné son casting d’actrices afin de le rendre humain. Avec trente nominations aux Emmy Awards, le succès de Desperate Housewives oscille entre le discours d’une Amérique progressiste et conservatrice.
Une émission avant-gardiste et conservatrice : entre polémiques et engagements
Sortie sous la présidence du républicain George W. Bush, les rapports politiques et sociétaux présents dans la série reflètent le paysage politique divisé des années 2000.
Le journaliste américain Richard Goldstein décortique le dévouement politico-social auquel la série prend part dans un article intitulé “Red Sluts, Blue Sluts”. (“Sluts” signifiant “femme aux moeurs légères” selon lui. “Blue” et “Red” symbolisant les partis démocrates et républicains).
Pour lui, il y a un seul consensus : les femmes de Wisteria Lane sont “légères” mais il est difficile de déterminer leur couleur politique. Cette conclusion est le reflet d’une ère idéologique nuancée, d’une Amérique divisée et surtout la recette idéale pour réunir des publics variés devant son poste de télévision. Desperate Housewives est une série ambivalente. Elle permet aux téléspectateurs de débattre, de se remettre en question et de franchir les limites de leur propre opinion et de leurs mœurs.
Tout au long de la narration, les représentations sont diverses. Un couple homosexuel adopte une petite fille, les corps féminins sont normés afin de répondre aux attentes de la société. Les protagonistes principaux féminins sont de taille jugée “idéale”, musclées et physiquement acceptables par la société. Cependant, une cause reste jusqu’alors exclue des “arches” ou “arcs” narratifs et scénaristiques (subdivision des éléments du récit, des intrigues) : le rapport des femmes à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG).
Marc Cherry : la vie d’un homosexuel républicain
Des penchants conservateurs saupoudrés d’une homosexualité décomplexée : nous parlons bien de Marc Cherry, le créateur de Desperate Housewives. Membre du Log Cabin Republicans (groupe de soutien au parti républicain et militant pour les droits des personnes LGBTQ+), il possède une identité scindée en deux. Avec une orientation sexuelle souvent en désaccord avec ses opinions politiques, le scénariste a été au cœur de plusieurs polémiques.
Un casting dépourvu, ou presque, de personnages racisés, ou encore une absence d’évocation de l’IVG. La valorisation de la femme et la volonté de mettre à l’honneur ses droits, comme annoncées initialement dans le pitch de la série, n’ont pas toujours convaincu. Si Desperate Housewives met en scène des femmes aux personnalités diverses, elle reste critiquée pour avoir évité certains sujets sensibles, notamment l’IVG, longtemps tabou dans les séries américaines mais qui commence depuis quelques années à émerger davantage à l’écran.
Iban Guimont
Crédit photo : Abigeil
