Vendée Globe : Bientôt rattrapé, Alex Thomson n’a plus le vent en poupe

Dimanche 8 Novembre à 14h20 débutait la 9ème édition du Vendée Globe qui s’élance comme à l’accoutumé depuis les côtes des Sables-d’Olonne. Au vu de ce 12ème jour de course, un point sur son déroulement et la tête de classement s’impose. Mais pas de panique pour les inexpérimentés de la voile, un récapitulatif de ce qu’est le Vendée Globe ou encore ses histoires les plus insolites sont aussi de la partie. 

 

Le point sur cette 9ème édition 

33 bateaux étaient donc sur la ligne de départ de ce tour du monde à la voile tant attendu depuis 4 ans. Pas de foule aux Sables-d’Olonne pour encourager les navigateurs solitaires : le départ de cette 9ème édition s’est déroulé à huis clos. Cette année, pas d’Armel Le Cléac’h, grand vainqueur de la 8ème édition en 2016-2017, qui avait battu le record de vitesse et réussi l’exploit de finir son tour du monde en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes (bien devant les fameux 80 jours de ce cher Jules Verne). Il sera consultant pour le journal Ouest-France et y analysera les stratégies et le profil de la course. Chaque jour, 6 pointages (5h, 9h, 12h, 15h, 18h et 22h) sont communiqués au public pour découvrir le classement et l’évolution de la traversée. 

La participation de cette édition est un record : 33 bateaux, pour 23 français. À l’heure actuelle, le britannique Alex Thomson, sur son bateau Hugo Boss se trouve en têtesuivi de très près par Thomas Ruyant et Charlie Dalin, respectivement à 7.77nm (14.39 km) et à 36.13nm (66.91 km) du premier. Entre temps, ce lundi, le skipper Nicolas Troussel fût le premier abandon de cette année, suite au démâtage de son bateau. Bien qu’il ne soit pas blessé, il doit être secouru. Quant à Jérémie Beyou, annoncé comme l’un des favoris, il a dû faire demi-tour pour tenter de réparer son bateau endommagé. Il est reparti mardi à 17h10, juste à temps avant la fermeture officielle de la ligne de départ.

 

Armel Le Cléac’h, vainqueur de la 8ème édition et bat le record de vitesse
Crédits : Vincent Curutchet /DPPI/Vendée Globe

 

Petit récapitulatif du Vendée Globe 

Mais le Vendée Globe, qu’est-ce que c’est exactement ? C’est la seule course à la voile autour de monde qui se réalise en solitaire, sans escale et sans assistance. Elle est parfois décrite en France, notamment dans les médias, comme « l’Everest de la mer ». Comme son nom l’indique, la course démarre des côtes vendéennes. C’est aussi sa ligne d’arrivée. Le parcours est simple : faire le tour du monde en suivant l’Antarctique et en laissant à bâbord (sur la gauche, en langage marin) les trois caps les plus au sud de la planète, à savoir le Cap Horn au Chili, le Cap Leeuwin en Australie et le Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud. Soit une distance totale d’environ 40 000 kilomètres (la circonférence de la terre). Dans les faits, les skippeurs ont plus souvent parcouru 28 000 miles (soit quasiment 52 000 kilomètres). 

Cette course française se déroule tous les quatre ans (depuis la 2ème édition en 1992), et sa date de départ est toujours un dimanche pour la couverture médiatique, et en novembre pour que les conditions météorologiques du Grand Sud soient optimales. Cet événement sportif est très médiatisé contrairement à d’autres courses internationales et le sponsoring y est très présent, le bateau portant souvent le nom de la marque qui le finance. La première édition a eu lieu en 1989 et a été créée par Philippe Jeantot, navigateur, avec l’aide de Philippe de Villiers, qui a été président du conseil départemental de Vendée pendant plus de 22 ans. Le Vendée Globe représente d’ailleurs d’importants enjeux économiques pour le département, notamment par l’industrie nautique (environ 10% de l’industrie vendéenne).

 

Le monocoque LinkedOut du skipper Thomas RUYANT, actuellement deuxième de la course
Crédits :  Jean-Louis Carli/Alea

 

Une course éprouvante  

Le règlement de la course dicté par l’organisation est le suivant : 

Traversé en solitaire : aucune autre personne ne peut être embarquée sur le bateau, excepté en cas d’urgence, comme le naufrage d’un concurrent. 

Sans escale : les participants n’ont pas le droit de poser pied à terre (celle qui est apparente à marée haute) excepté un retour aux Sables-d’Olonne, seule escale autorisée dans une limite de 10 jours après le départ. Après cela, les marins devront se débrouiller pour réparer leur bateau à marée basse ou en jetant l’ancre. Ou encore en abandonnant la course. 

Sans assistance : Toute intervention d’un médecin à bord est proscrite. Une assistance médicale peut cependant prendre la forme d’un conseil à distance pour aider le skipper à se soigner. L’assistance matérielle ou technique est elle aussi interdite. Les participants ne peuvent accoster d’autres navires ou se ravitailler. Ils peuvent tout de même communiquer avec un architecte naval ou informaticien en cas de gros problèmes. Bien sûr, ils peuvent être secourus, mais cela est immédiatement synonyme d’abandon. 

Pour ces raisons, la course, difficilement réalisable, connaît lors de chaque édition un grand nombre d’abandons. Les causes les plus communes sont les pannes techniques, comme un safran (partie du gouvernail) ou un mât cassé. Puis viennent les chavirages, parfois les collisions. Les raisons médicales ou le manque de préparation sont aussi fréquents. Enfin, plus dramatique mais plus rare aussi, les disparitions en mer… 

 

Records et anecdotes  

Ici, quelques chiffres clés du Vendée Globe : 

: C’est le plus grand nombre de fois où la course a été remporté par la même personne. Michel Desjoyeaux est le seul marin à y parvenir en 2001 puis en 2009. 

19 : C’est le record d’abandons au sein d’une même édition, en 2008-2009. 

30 : Le record de durée a été battu à presque toutes les éditions. Entre la 1ère édition et la dernière, la durée est passée de 109j, 08h, 47min et 55s pour Titouan Lamazou au record actuel d’Armel Le Cléac’h. Ce dernier a donc mis environ 30% de temps en moins à parcourir le tour du monde. 

23 et 66 : Lors de la dernière édition, deux autres records ont été battus : celui du plus jeune participant (23 ans) et celui du plus âgé (66 ans). 

6 : C’est le nombre de femmes pour cette 9ème édition. 6 sur 33, c’est à la fois peu et beaucoup : jamais autant de femmes ne s’étaient portées candidates à l’aventure du Vendée Globe. Depuis la création en 1989, 7 femmes seulement avaient pris le départ dont 6 arrivées à bon port. 

 

Cette course dangereuse et difficile promet donc à chaque édition son lot de surprises, de drames, de records et d’anecdotes insolites. En voici quelques exemples. 

Lors de la première édition en 1989-1990, le sauvetage de Philippe Poupon par Loïck Peyron a fait beaucoup parler. Couché par une vague, le bateau de Poupon était resté bloqué à 90 degrés. Son concurrent est alors venu à sa rescousse et a filmé cette impressionnante scène.

 

Crédits : Chaîne Youtube de France Bleu

 

L’édition de 1992-1993 restera marquée dans la mémoire du skipper Bertrand de Broc. Alors qu’il est en pleine mer, il se coupe la langue profondément dans un choc avec une drisse (cordage) de grand-voile. L’assistance étant interdite, de Broc va lui-même se recoudre la langue à l’aide d’un miroir et sous les conseils du médecin de la course à distance. Il sera par la suite surnommé « Rambo ». 

L’édition suivante est, elle, gravée dans la mémoire de tout marin adepte de cette course… Le 7 janvier 1997, celui qui était alors en deuxième position se retrouve pris dans une terrible tempête. La balise de Gerry Roufs cesse d’émettre et celui-ci disparaîtra en mer. Le dernier message enregistré témoigne de la violence des éléments : « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes. ». À la suite de ce tragique évènement, la course a été modifiée et des marques de passage sont maintenant instaurées afin d’éviter que les concurrents atteignent des latitudes trop dangereuses. La coque du bateau doit aussi être en partie peinte de fluo pour être plus facilement repérable en cas de chavirage. 

Plus chanceux, Raphaël Dinelli, lui aussi naufragé alors que son mât se casse dans l’Océan Indien le 25 décembre 1996, se voit aidé par un concurrent. Son bateau abîmé se remplit progressivement d’eau et commence à couler. Il lutte alors pendant 36h dans une eau à 3°C en attendant l’assistance du skipper Pete Goss, qui est le plus proche et qui navigue contre le vent dans des conditions épouvantable. Celui-ci arrivera à temps et accueillera Dinelli à bord, le 27 décembre. 

 

Ainsi s’achève ce petit tour des histoires les plus folles de l’Everest de la mer. Et s’il te tient à cœur d’en apprendre plus sur le vocabulaire de la voile, tu peux consulter ce glossaire interactif en cliquant ici

Allez, bon vent moussaillon ! 

 

Noémie Renard

 

Crédits photo : Jean-Louis Carli/Alea

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