Trump-Biden: un show à l’américaine

Le tant attendu premier débat entre les deux candidats à la Maison-Blanche s’est joué mardi 29 septembre à Cleveland. Entre punchlines en série et sujets de fond finalement peu abordés, il s’agirait du « pire débat de l’histoire américaine ». Zoom sur ce duel de coqs dont les séquences ont tourné en boucle dans le monde entier.

 

Ça promet !

C’est à 3h du matin chez nous en France, et à 20h à Cleveland que le premier débat de la présidentielle américaine débuta. Débat ou spectacle ? C’est la question que tout le monde se pose.

L’échange animé par le célèbre présentateur Chris Wallace, oppose Joe Biden, candidat démocrate, et Donald Trump, candidat républicain. Retransmis sur la chaîne américaine FoxNews, ce débat a été suivi par près de 73 millions d’américains. Plus de 100 000 français étaient connectés à 3h du matin sur les chaînes d’informations. À l’arrivée du président et de son adversaire, l’ambiance sur le plateau semblait plutôt sereine et détendue. Biden prit même des nouvelles de son opposant : « How are you man ? » (Comment vas-tu mec ?).

Leurs visages étaient bel et bien apaisés et décontractés jusqu’à ce que Chris Wallace pose sa première question. Outre les questions relatives aux échecs et réussites des carrières de nos intervenants, le débat démarra sur les chapeaux de roues avec le thème de la Cour suprême. En effet, l’animateur prit le parti de revenir sur la polémique à laquelle le président D. Trump avait dû faire face lors du décès de la démocrate féministe et progressiste Ruth Bader Ginsburg. Celui-ci a décidé de la remplacer par la conservatrice et figure de droite, Amy Coney Barrett. Ce changement rend perplexe les américains. Désormais, six des neuf juges de la Cour suprême sont conservateurs. Face à cette question, Trump réagit simplement en montrant qui est au pouvoir et qui décide.

 

Un peu de sérieux s’il vous plaît!

Chris Wallace, le modérateur du débat, a pris son mal en patience pour stopper les interruptions incessantes des deux candidats.

LE sujet d’actualité a été abordé après 30 minutes de “débat”. Biden a alors saisi l’occasion pour attaquer son rival là où ça fait mal, en pointant du doigt sa gestion désastreuse de la pandémie. Après avoir rappelé les 200 000 décès de la COVID-19, Joe Biden ajoute: « Il [Trump] ferait mieux de sortir de son bunker et d’arrêter de jouer au golf ». Pour répondre, Trump renchérit sur la question du masque: « À chaque fois que vous le voyez, il porte un masque » , niant pratiquement son efficacité. On rit jaune aujourd’hui en le sachant atteint de la COVID-19…

Autre sujet chaud d’un débat quasi-érotique: les impôts du président américain. Quelques jours plus tôt, le New York Times révélait que Donald Trump n’avait payé que 750 $ d’impôts fédéraux en 2016/2017. Une opportunité en or pour Biden qui demande à voir les déclarations d’impôts de l’homme d’affaires républicain. Trump réplique alors avec son habituel « Fake news ! » et tente d’esquiver la demande du démocrate en ajoutant: « Vous les verrez ». On attend toujours.

Comme attendu, Chris Wallace a interrogé Trump sur la violence des membres de la milice d’extrême droite, les Proud Boys. Ce groupe pro-Trump n’accepte que les hommes parmi ses membres et nie l’existence du racisme en se plaçant comme dominant dans la société. « Êtes-vous prêt ce soir à condamner les suprémacistes blancs ? » a invité le journaliste. Le Président Trump répond de façon ambiguë aux principaux concernés: « Ok Proud Boys, reculez et tenez-vous prêts». Des propos qu’il rectifiera quelques jours plus tard face à la critique de son propre camp: « Je ne sais pas qui sont les Proud Boys ». Il appelle alors les militants d’extrême droite à « laisser la police faire son travail ».

 

Finalement, 70 ans et toujours des enfants… 

Les sujets de fond ont rapidement été rattrapés par des règlements de comptes incessants. Ce débat sous très haute tension n’a cessé d’être ponctué d’attaques personnelles, de jugements de valeurs voire même d’injures.

Trump a de nombreuses fois coupé son adversaire afin de le déstabiliser, ce qui lui a valu un recadrage de la part de Chris Wallace. Sans se démonter, Biden a su maîtriser d’une main de maître ces attaques en répliquant à plusieurs reprises. Certes il lui a ordonné « de la fermer » avec son désormais célèbre « Would you shut up men ! », mais ce n’est pas tout! Trump a été qualifié de « clown », de « menteur », et cerise sur le gâteau, de « pire président que l’Amérique n’ait jamais eu ». Audace, vérité ou simple défense? Biden poursuit sur la COVID-19 en affirmant que le président « n’a pas de plan » et qu’il s’est contenté de fuir. Selon lui, « les choses sont ce qu’elles sont parce que vous êtes ce que vous êtes ». Son propos en dit long sur les pensées du démocrate ainsi que sur ses ambitions de le destituer.

Le président américain ne s’est en aucun cas laissé faire et a rétorqué tel un enfant: « Il n’y a rien d’intelligent en vous », propos qu’il a tenu pour contre-attaquer. Sous l’emprise du démocrate, Trump a tenté d’intervenir en le traitant de « marionnette de la gauche radicale ». Ayant peu d’arguments, seuls des insinuations et des bafouillages lui ont servi pour se défendre. Son discours n’aurait pas été préparé, ou du moins seulement 2 heures avant de se rendre sur le plateau. Trump a réussi à semer le trouble sur certains sujets mais s’est avéré moins convainquant que son opposant, quant à lui, bien préparé.

(Source: La Dépêche)

Ce débat historique qui cumule disputes puériles et injonctions incessantes de la part de deux septuagénaires restera dans les annales.

 

La suite au prochain épisode… 

Ce premier débat était l’occasion de se démarquer tant pour le républicain que pour le démocrate, grand favori dans les sondages.

Finalement, les sujets de fond ont été peu abordés, et ni Trump ni Biden n’a su saisir l’opportunité, laissant place à un dialogue de sourds. Selon les spécialistes, l’échange tendu et hostile entre les deux candidats n’a pas eu vocation à éclairer le choix des électeurs indécis en maintenant le trouble. Ces derniers restent moins nombreux qu’en 2016 (18 % à 20 %). On estime aujourd’hui qu’ils sont 11 % à ne pas être fixés sur leur choix du futur président, rendant ainsi un come-back de Trump dans les sondages plus difficile. Mais tout est possible, Hillary Clinton était annoncée gagnante en 2016, et c’est finalement Donald Trump qui l’avait emporté.

On espère leur prochain débat plus constructif. Reste à savoir comment il se tiendra, compte tenu de la contamination de Trump à la COVID-19. Rendez-vous (normalement) le 15 octobre.

 

Noa Darcel et Camille Juanicotena

Crédits photo: dmalgerie

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