L’Afrique du Sud, vainqueur de la coupe du monde 2019

Après les sacres de 1995 et 2007, l’Afrique du Sud gagne sa troisième coupe du monde à l’occasion de l’édition 2019, rejoignant ainsi la Nouvelle Zélande au nombre de titre mondial remportés. Les Springboks ont facilement disposé de l’Angleterre en finale, s’imposant sur le large score de 32 à 12. Au terme d’un match qu’ils auront dominé de bout en bout, les coéquipiers du capitaine Siya Kolisi ont concrétisé leur rêve de victoire et planent désormais au sommet de la planète rugby.

Un succès inattendu…

L’on a coutume de dire qu’une préparation optimale pour la coupe du monde commence au moins dès la fin de l’édition précédente. L’Angleterre est la parfaite illustration de cette formule car après l’échec cuisant de 2015 à domicile, la nation britannique est repartie sur un nouveau cycle dans le sillage du sélectionneur Eddie Jones, véritable magicien du rugby. L’objectif affiché de longue date était la victoire en terre japonaise, et tout fut parfaitement mis en oeuvre pour atteindre ce but. Seulement, le sport n’est pas une science exacte et l’Afrique du Sud, bien que dans le creux de la vague ces dernières années, a su déjouer les pronostics.

Contrairement à leur adversaire britannique dont le parcours pour arriver en terre nippone fut linéaire, les Sud-Africains ont du traverser des tempêtes avant de faire escale au Japon. La troisième place acquise lors de l’édition 2015 resta sommes toute anecdotique puisque beaucoup ont retenu en premier lieu la défaite historique infligée par la modeste équipe du Japon lors des phases de poule de ce mondial. Suivra alors une année 2016 catastrophique puisqu’avec la promotion d’Allister Coetzee comme sélectionneur, le bilan de l’équipe sera de 8 défaites en 12 matchs.  L’année suivante ne sera guère meilleure, ce qui amènera le sélectionneur à quitter son poste en février 2018. Il sera remplacé par Rassie Erasmus, qui aura la lourde tâche de préparer son équipe pour la coupe du monde en une année et demi, alors que les autres nations favorites ont disposé d’au moins quatre ans. Mais il n’y a pas de missions qui soient impossibles, les Sud-Africains en ont d’ailleurs fait l’expérience en 2015. Les bons résultats vont rapidement revenir, avec comme  réference ceux du dernier Rugby Championship, tournoi opposant les quatre nations majeures de l’hémisphère sud et surtout dernière compétition avant l’envol pour le Japon, ou les Springboks vont terminer premier invaincu, grâce notamment à un match nul contre l’ogre Néo-Zélandais. La machine Sud-Africaine est alors lancée sur la route du succès, tel un typhon que rien ne peut arrêter, pas même une défaite contre les All Blacks lors de son premier match de la coupe du monde. Qui aurait cru cela il y a quelques mois ?

… mais finalement tellement prévisible

A l’issue de la compétition, ce n’est pas tant le sentiment de surprise qui domine devant cette victoire de l’Afrique du Sud, mais plutôt celui d’une certaine fatalité, l’impression que finalement personne n’avait les moyens de contester cette victoire. Lorsqu’on regarde les matchs de cette équipe sud-africaine durant ce mondial, on ne s’enthousiasme pas pour le jeu proposé comme on le ferait devant celui des Néo-Zélandais ou des Anglais, mais pourtant on devine souvent au cours des matchs qu’à la fin c’est elle qui va triompher. Cette nation sud-africaine nous fait penser à un rouleau compresseur, à une de ces vagues qui emporte tout sur son passage lorsqu’elle est déchaînée. Pour lui résister il ne suffit pas d’être courageux tel que l’a été l’équipe japonaise en quarts de finale qui, à l’image d’un navigateur faisant face aux eaux agitées de la mer, s’est lancée à corps perdu dans l’aventure afin de traverser le cap des quarts. Mais le typhon sud-africain aura eu raison de la bravoure des japonais. Si les nippons ont réussi à faire face à la tempête durant le premier acte, ils finiront par chavirer en seconde mi-temps face à la puissance de l’ouragan Sud-Africain, victorieux 26 à 3. Pour vaincre contre cette équipe il ne suffit pas non plus de reproduire son jeu, basé sur la puissance et sur le défi physique ainsi que sur l’utilisation permanente du jeu au pied, car l’on risque de se noyer, d’être aspiré dans un tourbillon infernal comme l’ont été les gallois en demi-finale. Au terme d’un match âpre, haché par les fautes techniques, la nation arc-en-ciel s’est imposée 17-14, laissant une fois encore cette image de machine broyant ses adversaires inlassablement au fil des minutes, et ce sans jamais relâcher son emprise.

La recette miracle pour battre les Sud-Africains serait donc d’allier la puissance, le pragmatisme avec le jeu de mouvement, la vitesse. Cela tombe bien car c’est exactement ce qu’ont fait les anglais face à la Nouvelle-Zélande en demi-finale. On pense alors qu’à la suite de cette prestation majuscule ce sont les anglais qui sont favoris, que ce sont eux qui ont les clés du match. Mais lorsque cette équipe sud-africaine est sur le terrain, c’est elle qui dicte sa loi, son plan de jeu, et c’est elle qui martyrise son adversaire. La finale de ce samedi en aura une fois encore été l’illustration. Les anglais ont été emportés par la vague verte, à l’image de leur mêlée, pénalisée à cinq reprises et systématiquement emportée par celle de leur adversaire. Les phases de conquêtes, les impacts auront été régulièrement gagnés par les coéquipiers de Siya Kolisi. Jamais l’Angleterre n’aura mené au score du match. Le navire britannique finira même par couler en fin de match face au raz-de-marée sud-africain en concédant deux essais, celui de Makazole Mapimpi à la 66ème minute, puis celui de l’ailier du Stade Toulousain Cheslin Kolbe à six minutes du coup de sifflet final, sur un exploit personnel dont il a le secret. Succès 32-12 pour l’Afrique du Sud dont la supériorité fut sans appel, et ce malgré le fait qu’ils aient disputé un match de plus que leur adversaire. La fraîcheur physique et mentale fut pourtant bien chez les Boks qui glanent leur troisième titre mondial, qui sonne finalement comme une évidence.

Un collectif surpuissant

L’équipe sud-africaine est sûrement l’équipe la plus difficile à jouer car c’est celle qui marque le plus les adversaires qui croisent sa route. Physiquement ce sont pour certains de véritables monstres qui à chaque choc sur le terrain laissent des traces jusqu’au plus profond de la chair des opposants. Les avants de cette équipe affichent une nette supériorité sur leurs homologues à chaque match, avec une mélée dominatrice, une touche extrêmement bien organisée, et une activité sur le terrain, aussi bien défensive qu’offensive, impressionnante pour ces joueurs certes massifs mais aussi très mobiles et à l’aise ballon en main. Le huit de devant est la véritable force de cette équipe, illustrée notamment par une troisième ligne royale composée du capitaine Siya Kolisi, premier capitaine noir dans l’histoire de cette nation, véritable meneur d’hommes présent aux quatres coins du terrain, de Pieter Steph Du Toit meilleur plaqueur de son équipe, homme de l’ombre au rôle ingrat mais essentiel, et du numéro 8 Duane Vermeulen élu homme du match de la finale.

Ce travail de titans permet à un homme de récolter les lauriers, le demi d’ouverture Handre Pollard qui se régale de convertir toutes les pénalités que lui offre ses avants, comme l’atteste les 22 points qu’il a marqué durant la finale. Il terminera ainsi meilleur réalisateur de la compétition avec 69 points inscrits.

Mais l’Afrique du Sud ne se résume pas à des avants destructeurs, cette équipe regorge de joueurs aux qualités offensives qui ne demandent qu’à être servis pour laisser exploser leurs talents. Le plus talentueux d’entre eux se nomme Cheslin Kolbe, ailier de poche (1m71) aux appuis et crochets dévastateurs qui illumine le Top 14 de son talent lorsqu’il joue avec le Stade Toulousain et qui a également fait parler son explosivité au cours de la finale en marquant un essai sur l’un de ses rares ballons touchés. En regardant jouer les Springboks on a souvent un regret, celui de ne pas avoir les arrières toucher plus de ballons car il est vrai que la balle n’arrive que trop peu à l’aile. Mais quand on dispose d’un tel groupe d’avants, comment ne pas s’appuyer dessus ? Les faits donnent d’ailleurs raison aux entraineurs puisqu’ils sont devenus champions du monde en s’appuyant sur les valeurs de combat et de puissance, sur une défense de fer qui n’aura encaissé que quatre essais de toute la compétition et sur une attaque qui lorsqu’elle en a eu la possibilité a su inscrire des essais. Les sud-africains n’étaient pas les favoris mais ils ont clairement été les meilleurs durant ce mondial au Japon. L’arc-en-ciel plane ainsi dans le ciel japonais.

Mathias Babin

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