Kanye Is King

Voilà une semaine que Kanye West sortait son neuvième album. Après un projet avorté il y a tout juste un an, Yandhi, des Sunday Services à travers le pays et de nombreuses attentes (entre repoussement des dates de sorties et problèmes de mixage), Jesus Is King vit le jour le 25 octobre dernier.

Kanye et le bleu

En sortant les visuels de son dernier album, Ye ne manqua pas de surprendre ses fans de longue durée. Le rappeur ayant toujours dit détester la couleur bleu, d’ailleurs quasiment toujours absente de ses pochettes (mis à part sur son projet collaboratif avec Kid Cudi, Kids See Ghosts et sur son dernier album montrant un paysage montagneux aux couleurs froides), celle de Jesus Is King paraît invraisemblable. La piste de la référence à la Vierge Marie fut évoquée, l’album étant évidemment à penchant chrétien, le bleu pouvant rappeler la couleur liturgique utilisée pour les fêtes de la Théotokos (célébrant la mère de Dieu).

Cependant, la signification en est tout autre : effectivement le bleu utilisé est un bleu roi. Car si Kanye est le roi, Jésus est pour lui le Roi des Rois. Et celui-ci mérite bien un bleu profond, puisqu’il est venu sauver notre cher Yeezy. C’est effectivement sur cette directive que se pose son album : un éloge à celui qui lui a permit de ne pas sombrer, celui pour qui il s’est remit sur le droit chemin. Mais bien qu’ayant été vendu comme un album de gospel, Jesus Is King s’apparente plus à un album de rap chrétien.

Kanye et Dieu

L’attachement de Kanye à Dieu n’est pas récent. En 2004, ce dernier évoquait déjà les thématiques du rap, éloignées de la religion sur Jesus Walks. La figure du Christ n’est pas nouvelle dans sa création, mais sa relation, quant à elle, a bien évoluée. Si en 2013 il écrivait I Am A God sur l’excellent Yeezus, album visionnaire et sûrement le plus vulgaire de sa carrière, notre Kanye de 2019 ne veut plus adopter cette image. Si Yeezus incarnait le blasphème, Jesus Is King incarne la piété (aucune grossièreté durant les 27 minutes proposées), et un rapprochement marquée à sa foi. Son prêtre confia d’ailleurs que l’artiste songeait à arrêter le rap qu’il considérait comme étant « la musique du Diable », ce à quoi il lui répondit que le rap n’était qu’un genre de musique est qu’il pouvait rapper pour Dieu. Sages paroles qui nous menèrent à cet album.

Néanmoins, l’album se couvrant d’apparence très religieuse est-il réellement porté sur Dieu ?

Kanye et Kanye

Chasse le naturel, il revient au galop. Au delà d’un album dédié au père spirituel et malgré les noms très bibliques des 11 titres, ces derniers sont en réalité très introspectifs. Dans Follow God par exemple, il évoque les raisons de son éloignement de Dieu, de ses difficultés à suivre les préceptes… En plus d’un sample savamment choisi du groupe Whole Truths, Can You Lose By Following God, où l’on entend plusieurs fois « Father, stretch my hands » étant à la foi une référence au livre sacré mais également à son album The Life Of Pablo. Pour être plus explicite encore, il ira jusqu’à se comparer à Noé dans Selah.

Dans plusieurs titres (On God, God Is et Hands On) il évoque beaucoup son passé où il se disait guider par le Diable. Il justifie ses diverses actions, parle de la dualité qui l’habite (dualité spirituelle mais également dualité psychique causé par son trouble bipolaire, déjà sujet phare sur Ye en 2018) mais ne cherche pas le pardon. Plus encore, il pointe du doigt les pratiquants chrétiens, ayant été selon lui les premiers à le juger.

Finalement, Jesus Is King semble habité par l’idée du Only God can judge me. Bien que sincère, Kanye ne parle finalement que de lui même. Pas de rédemption salvatrice pour son égo, donc.
Mais peut-on réellement lui en vouloir quand, après 20 ans de carrière et des oeuvres ayant toujours eu de l’avance sur le reste de l’industrie, notre rappeur parti de Chicago réussi à pulvériser les records de stream sur Spotify avec pas moins de 38 millions d’écoutes en moins de 12 heures, sur un album concernant de prime à bord, le Christ ? Si le fond est objet de critique, la forme reste impeccable. Entre masse sonore et puissance épurée, des featurings audacieux avec notamment la réunion exceptionnelle de Clipse (n’ayant pas travaillé ensemble depuis 10 ans) et des samples toujours incroyablement incorporés, Kanye signe, une fois de plus, une réussite. Bien que ça ne soit pas son plus grand album (bien difficile de battre ses précédents chefs-d’oeuvres 808s & Heartbreak ou encore My Beautiful Dark Twisted Fantasy), Ye s’impose une fois encore comme étant un des meilleurs artistes contemporains.

Si Jésus est roi, Kanye n’est quant à lui pas en reste.

Jade Seneca

Crédits photo : Jesus is King – Kanye West

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