David Prowse, le véritable seigneur noir

Samedi 28 novembre, l’annonce du décès de David Prowse a secoué un grand nombre de fan de Star Wars. L’acteur qui donna vie au costume de Dark Vador fut pourtant pendant bien longtemps inconnu du public. Il joua quelques rôles avant de se faire remarquer par Georges Lucas, mais c’est dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick qu’il se démarqua. Lucas avait besoin d’un homme et de sa carrure pour jouer Chewbacca ou Dark Vador. Prowse eut le choix et préféra interpréter le seigneur sith parce que les gens se souviennent des méchants.

Un corps sans voix

Si Prowse a pendant longtemps été un illustre inconnu pour le grand public, cela est surtout dû au fait qu’on ne retenait que sa carrure. Champion d’haltérophilie dans les années 60, il a toujours compté sur sa taille pour faire carrière. Ses interprétations du monstre de Frankenstein ou encore du Minotaure dans Doctor Who ne l’ont pas aidé à se faire connaître.

Prowse jouait très souvent des rôles où il était masqué ou tellement maquillé qu’il était méconnaissable. Il espérait qu’en interprétant le grand méchant d’un film de science-fiction aussi ambitieux que Star Wars il puisse marquer les esprits. Mais il y a un souci pour Georges Lucas, l’accent british ne colle pas très bien à Vador. Il trouva comme solution de faire redoubler toutes les lignes de Prowse par James Earl Jones (connu pour aussi être la voix de Mufasa dans le Roi Lion). Ce qui fera que, malgré le succès du film qui couronne Mark Hamill, Carrie Fisher et Harrison Ford, lui restera anonyme.

Et ça, David Prowse n’apprécia pas, vraiment pas. Au point qu’en automne 1978, durant un bain de foule dans un magasin en Californie, il divulgue quelques informations passionnantes. À savoir que la suite de Star Wars, alors simplement connue sous le nom de Star Wars II, commencera à être filmée en 1979. La mauvaise nouvelle ? Le film terminé ne sortira pas avant le printemps 1980. La bonne nouvelle : il sera suivi d’un Star Wars III.

Quelque peu exalté, peut-être, par l’attention des fans, Prowse lâche alors une bombe encore plus grosse : Dark Vador est en fait, le père de Luke Skywalker. « Le père ne peut pas tuer le fils, le fils ne peut pas tuer le père », dit l’acteur britannique.

C’est le genre d’informations qui, si elles étaient divulguées aujourd’hui, se répandraient comme une traînée de poudre sur Internet, en dévoilant sans doute le plus grand secret de ce qui allait devenir L’Empire contre-attaque. Bien évidemment, la bourde de Prowse n’était qu’une coïncidence, à l’automne 1978, le scénario de la suite n’avait pas encore été écrit et encore moins distribué aux acteurs.

Néanmoins, la révélation de Prowse a peut-être rappelé à George Lucas et à ses collaborateurs, combien il était important d’éviter que les détails de l’intrigue soient divulgués au grand public. En peu de temps, la version père-fils est apparue dans au moins un journal, comme le montre cette coupure de presse jaunie de 1978. Lucasfilm a eu la chance que la nouvelle ne se répande pas davantage.

Le vrai visage du côté obscur

Suite à sa bourde, Georges Lucas avait perdu toute confiance en Prowse. Il s’est montré d’autant plus prudent durant le tournage des suites. Malgré tout, quelques informations s’échappaient des bouches des membres de la production. Alors, pour éviter que l’information la plus importante soit révélée, le jeune réalisateur décide de ne pas faire dire à Prowse, la réplique culte « I am your father », mais de la faire dire durant l’enregistrement de la voix de Dark Vador par James Earl Jones.

Selon plusieurs interviews données par des membres du casting, les seules personnes qui connaissaient la réplique étaient Lucas, le producteur Gary Kurtz et le réalisateur Irvin Kershner, cette manœuvre a permis de garder le secret.

En 1982, environ un an avant la sortie du Retour du Jedi, un tabloïd britannique a en effet divulgué un terrible spoiler sur l’intrigue : Dark Vador meurt à la fin du film. Vador se retourne contre son maître à la dernière minute et sauve Luke de l’empereur Palpatine et meurt au cours du processus.

Selon le livre de Chris Taylor, How Star Wars Conquered the Universe, Prowse a été accusé à tort d’être à l’origine de cette fuite et par conséquent, Prowse a été « presque complètement mis sur la touche ». Dans plusieurs scènes de combat entre Luke et Vador, Prowse a été remplacé par l’acteur cascadeur Bob Anderson, qui était plus habile avec un sabre laser. Lorsqu’il s’agit du moment fatidique où un Vador mourant se fait retirer son casque, c’est l’acteur Sebastian Shaw qui attend les spectateurs derrière le masque et non Prowse.


Mais il ne se laissera pas faire. À mesure que Star Wars devient l’objet d’un véritable culte, Prowse s’impose dans les conventions de fans où il signe à peu près tout et n’importe quoi moyennant finance. Échaudé par les deux autres acteurs qui pourraient lui chiper son rôle, il signe toujours « DAVID PROWSE IS DARTH VADER ». Mais ce n’est pas fini pour le pauvre David, son contrat pour le tournage du film prévoyait un pourcentage qu’il devait toucher sur les profits nets générés par le film, qui a engrangé pas moins de 475 millions de dollars à sa sortie. Malheureusement, il ne verra jamais la couleur de cet argent puisque « Le Retour du Jedi n’a jamais généré de profits », d’après des lettres de Lucasfilm destinées à Prowse. Il a été victime d’une pratique dénommée le Hollywood accounting qui permet aux producteurs de garder les bénéfices pour eux.

Prowse a toujours été le vilain petit canard pour Georges Lucas et quand il dénonça Lucasfilm pour l’avoir arnaqué, l’acteur fut banni à vie de tous les événements officiels liés à Star Wars. Cela n’empêchera pas l’acteur de continuer à vendre sa signature un peu partout dans le monde jusqu’en 2014, année où il annonça sa retraite.

Malgré tout ce qui lui est arrivé, l’acteur s’est toujours montré très accessible auprès des fans de Star Wars. Il est, avec James Earl Jones, celui qui a rendu le plus grand méchant de l’histoire du Cinéma si crédible. David Prowse a désormais rejoint la Force, mais il ne sera jamais oublié.

Raphaël Penault

Crédits photos : DAVE PROWSE OFFICIAL WEBSITE / RETROIST / LUCASFILM

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