Astérix le gaulois, plus de 60 ans d’aventures

En France, l’archétype du Gaulois a un visage. Il est petit, blond, moustachu avec un casque à ailettes. À grands coups de potion magique, il repousse les envahisseurs romains. Le courageux petit gaulois, Obélix, Idéfix et tout le reste du village des irréductibles Gaulois continuent de faire rêver petits et grands. Avec l’annonce du casting du prochain film de la licence, il est temps de raconter l’histoire de cette figure de la bande dessinée.

 

En 50 avant Jésus-Christ…

Astérix est né en 1959. Il est le fruit d’Albert Uderzo et René Goscinny, un jeune duo qui travaillait ensemble depuis presque 10 ans au moment de la première publication d’Astérix le Gaulois. Une création qui n’aurait pris que quelques heures aux deux compères. La période des Gaulois s’est imposée à eux par l’originalité qu’elle permettait. Une telle originalité qu’aujourd’hui Astérix possède un monopole de l’imagerie gauloise. Des personnages hauts en couleurs qui allaient à contresens des héros de bande dessinée de l’époque. Bien loin des Spirou et Fantasio ou encore Blake et Mortimer, Astérix et Obélix sont montrés comme petit et malin pour le premier et costaud et sensible pour le second. Sans compter tout le reste du village qui apporte chacun à leur manière, un nouveau degré d’humour et d’attachement aux aventures des deux Gaulois.

La réussite sera très vite aux rendez-vous et dès leur seconde aventure, La Serpe d’or, Astérix quitte le village en direction de Lutèce. L’occasion pour les auteurs de ne plus se contenter du petit village armoricain. La période est alors abordée du point de vue des Gallo-romains et plus tard des Goths puis des Égyptiens, etc. Chaque année de nouvelles histoires voyaient le jour faisant exploser le nombre d’albums vendus. Une gloire qui fera très vite parler d’elle dans différents journaux réputés sérieux sortis durant l’été 1965. Ce phénomène amènera les concepteurs du tout premier satellite français lancé dans l’espace à le nommer Astérix.

Un succès qui n’empêchera jamais ces créateurs de parodier l’actualité culturelle ou sociétale. En 1963, le film Cléopâtre de Joseph Leo Mankiewicz, qui fut la principale source d’inspiration de l’album Astérix et Cléopâtre, fut parodié au travers de la couverture de l’album. Un autre exemple célèbre fut dans l’aventure suivante, Le Combat des chefs, mettant en scène un affrontement politique entre les chefs Gaulois. Selon Le Figaro, il s’agissait d’une raillerie de l’élection présidentielle française de 1965 opposant notamment De Gaulle à Mitterrand. Mais qui évoquait aussi la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, en assimilant les Gallo-romains aux Français qui pactisaient avec l’occupant allemand. L’album fera d’ailleurs, en 2023, l’objet d’une série d’animations produites par Netflix et réalisée par Alain Chabat.

L’apogée des Gaulois

En 1965, le triomphe est si grand que le journal Pilote dans lequel paraissent les aventures des Gaulois adopte le sous-titre « le journal d’Astérix et d’Obélix ». Mais c’est réellement avec la première adaptation d’Astérix en film d’animation, en 1967, que les Gaulois vont entrer dans la culture populaire. L’année suivante verra la sortie d’Astérix et Cléopâtre qui sera lui aussi un grand succès et qui reste culte grâce à la chanson du Pudding à l’Arsenic.

Pendant ce temps, les chiffres de ventes des albums dépassaient le million d’exemplaires et le magazine « L’Express » consacrait sa Une à ce qu’il nommait « Le phénomène Astérix ». Les Gaulois n’ont pas du succès qu’en France. À l’image de leurs satellites du même nom, Astérix et Obélix ont fait le tour du monde. Leurs albums ont été vendus à plus de 370 millions d’exemplaires, dont 240 millions sous forme de traductions. Astérix va, à cette époque, faire exploser la bande dessinée. Les adultes s’y mettent et cela va grandement aider la bande dessinée à devenir l’un des médias les plus populaires de cette époque. Une moyenne d’âge du public qui a permis aux auteurs de continuer sur leur lancée de parodies avec des caricatures des Jeux olympiques de Mexico en 1968 ainsi que du tourisme en Espagne dans les années 60 avec Astérix en Hispanie.

En 1976, le premier film avec une histoire originale sort au cinéma, Les Douze Travaux d’Astérix, qui sera lui aussi une réussite avec notamment la scène culte du laissez-passer A38 se moquant de l’administration.

Alors que les albums enchaînaient les records de ventes, un désaccord entre René Goscinny et son éditeur vont pousser le duo à fonder leurs propres maisons d’édition qui ne verront malheureusement le jour qu’après la mort de Goscinny en 1977. Les Éditions Albert René verront le jour en 1979 grâce aux financements à hauteur de 20 % de Gilberte Goscinny, la veuve de l’auteur.

La fin de l’âge d’Or

Albert Uderzo est désormais seul pour écrire les aventures d’Astérix. Bien que les ventes n’aient pas baissé, à la suite de la mort de son compère, de plus en plus de critiques s’élèvent. Les aventures perdent de leurs saveurs. Heureusement, en 1999, Astérix explose au cinéma avec Astérix et Obélix contre César qui devient à l’époque la plus grosse production française de tous les temps. Cependant, tout comme les bandes dessinées d’Uderzo, l’accueil de la presse restera mitigé. Mais c’est véritablement avec le film suivant qu’Astérix et Obélix deviennent des classiques du cinéma d’humour français.

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, qui adapte l’album Astérix et Cléopâtre, est encore à ce jour celui qui fut le plus acclamé à sa sortie, avec plus de 14 millions d’entrées. Le film a aujourd’hui un statut culte et reste pour beaucoup l’unique bon film de la saga Astérix et Obélix. Les films suivants seront tous dépeints par les critiques comme des défilés de stars qui manquent eux aussi de saveur. Néanmoins, c’est avec la nouvelle décennie que les aventures du Gaulois vont prendre un tout autre tournant.

L’héritage gaulois

Depuis fin 2011, Albert Uderzo, n’étant plus capable de dessiner, a passé le flambeau à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Leur premier album, Astérix Chez les Pictes, fut mieux accueilli que les derniers albums d’Uderzo aussi bien en matière de critique que du public. Cependant, Uderzo veille au grain et supervise le duo. Pour ce qui est du grand écran, c’est à Alexandre Astier et Louis Clichy que l’on doit le superbe film d’animation Astérix : Le domaine des dieux. Le film adapte l’album éponyme avec pour la première fois de la licence, une animation en 3D. Le film est un grand succès, Uderzo déclara même qu’il s’agit du « meilleur film Astérix qui soit sorti. ». Les deux compères rempileront avec une toute nouvelle histoire Astérix : Le Secret de la potion magique, sorti en 2018. Le film est une plus grande réussite que le domaine des dieux et est considéré par les fans comme le meilleur des films d’animation de la série.

Astérix et Obélix n’ont jamais cessé d’être un phénomène en France. Chaque nouvelle sortie d’albums rehausse les ventes de bandes dessinées. Et chaque nouveau film réalise toujours l’un des meilleurs scores au box-office l’année de sa sortie. Bien que le futur film de Guillaume Cannet semble suivre le chemin des anciens films live avec son casting « 5 étoiles ». On peut tout de même espérer que le film se rapproche plus de Mission Cléopâtre que d’Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté.

Les Gaulois continuent de faire sourire petits et grands malgré toutes les mésaventures les entourant. Les prochaines aventures d’Astérix marqueront sûrement encore un bon nombre de gens. Des jeux de mots aux références Pop-Culture, l’humour d’Astérix parle à tout le monde et reste le meilleur représentant de la culture gauloise.

Raphaël Penault

Crédit photo : Albert René

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